Cache directory "/space/www/node1-5/gl-ouv/3/1/3107061023343938/web/ouvaton.org/caveat.ouvaton.org/html/wp-content/plugins/ttftitles/cache" is not writable.Web 2.0 bashing et l’exploitation de l’internaute par l’internaute

A Web 2.0, critique 2.0: l où il a fallu quelques années pour que se développe un folklore du dégommage des start-uppers et autre têtes clic, la critique des modèles de la néo-nouvelle économie se porte bien ces derniers temps. Versac s’amusait récemment imaginer le rebranding de son blog so 1.0 en mouture fashion, pour “faire moderne, collaboratif, mashable, user-generated, web 2.0, quoi.”

Plus récemment, est apparu un générateur de logos Web 2.0, ci-dessous testé pour relooker Caveat Emptor.

Au del du verbiage, des gimmicks graphiques et des concepts mi-rusés mi-bidons, le web 2.0 pose pourtant des questions bien plus intéressantes que son ancêtre de la Grande Bulle. Et toutes ont trait son usage immodéré du travail coopératif, de la mise en réseau des usagers et de leur propension écrire, communiquer et bâtir en collaboration d’impressionnantes richesses.
Le développement coopératif, la mise en mouvement de milliers de cerveaux préexistaient cette nouvelle ruée entrepreneuriale. Des forums au web, des logiciels libres aux blogs, des Creative Commons aux listes de discussions, l’Internet s’est construit sur ce mode partageux. L où l’on tique, c’est de voir débouler des centaines de chercheurs d’or se posant l’éternelle question: comment vais-je faire du pognon avec ce chaos prolifique? Quand les marchands déboulent en Utopie, il est temps d’essayer de comprendre ce qui se passe. J’oscille pour ma part entre deux micro-grilles partielles d’analyses.

Analyse pseudo-marxiste: le web 2.0, c’est l’exploitation des masses
Cette captation de la richesse produite collectivement et gratuitement par les foules est une forme d’esclavage 2.0, comme le laissent penser les écrits mortifères des théoriciens du “Comment faire travailler les gens gratuitement?” et autres apôtres du crowdsourcing (”externalisation vers la foule”). Autrement dit, le capitalisme a trouvé une nouvelle martingale: plus besoin de réunir (si possible par la coercition) les travailleurs dans un endroit identifié -l’entreprise- pour capter le surtravail. Un peu d’habillage idéologique (partage, liberté, coopération) et, miracle, les gentils travailleurs bossent pour rien, les amateurs font concurrence aux professionnels (lestés de leurs salaires et charges sociales), et le capital peut s’accumuler jusqu’ Bételgeuse.

Analyse multitudiste: le web 2.0, c’est l’économie 1.0
Le Web 2.0 agit comme le révélateur d’une réalité préexistante. La plupart des modèles économiques aujourd’hui s’appuient déj sur la prédation d’externalités positives (Yann Moulier-Boutang, qui n’a pas de blog), et donc sur les richesses non prises en compte par le marché et les prix. Le capital s’appuie toujours sur le gratuit pour ouvrir de nouveaux territoires au payant, en cueillant les fruits d’une abondance naturelle ou sociale. Yann M-B évoque “l’économie pollen”, partir de l’exemple de l’économiste anglais James Meade sur le business model de l’apiculteur: les abeilles butinent gratuitement les fleurs du champ voisin et grâce cela peuvent produire du miel. Tenter de faire payer l’apiculteur pour l’usage des fleurs conduirait très sûrement la faillite de celui-ci, la destruction des ruches, la disparition du miel des rayons…. et celle des fleurs, que les abeilles ne polléniseraient plus. L’enseignement de la fable? Vouloir systématiquement “faire payer” peut conduire la ruine collective.
Cette logique économique est omniprésente. Sans temps libre, pas d’entertainment ou de tourisme de masse. Sans désir de communication orale entre les gens, pas d’industrie des télécoms. Les modèles des médiateurs de l’information fonctionnent selon ce schéma depuis longtemps. Un journaliste professionnel, par exemple, collecte des faits (gratuits), des citations (gratuites) en utilisant le temps donné (gratuitement) par une foule de gens. Puis il en fait un produit commercialisable. Quand un journaliste sérieux titulaire d’un carte de presse avec sa bobine dessus interviewe quelqu’un, il est payé. Pas l’interviewé. Furieusement web 2.0, indeed. Est-ce si critiquable? Sauf considèrer que les journaux qui rémunérent leurs sources pour obtenir leur histoire en exclu (au risque de les inciter mentir ou biaiser) sont des modèles de vertu, on peut douter.

Selon cette analyse, l’important n’est donc pas en soi la valorisation marchande du travail coopératif gratuit mais la façon dont le capital traite sa “ressource” gratuite, jusqu’ la détruire (TF1 cherche seulement cultiver des neurones, quitte les épuiser et susciter la misère symbolique) ou en la fertilisant. On a déj l’habitude de ce mode de raisonnement en matière d’environnement, bien moins dans le domaine de l’esprit, où manque encore une écologie.

De ces bribes d’analyses, je ne retiendrais rien de définitif. Simplement des questions. Et je crowdsource les réponses…

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9 comments ↓

#1 Spinodo - Charles Mo on 08.18.06 at 3:43 pm

“On a déj l’habitude de ce mode de raisonnement en matière d’environnement, bien moins dans le domaine de l’esprit, où manque encore une écologie.”

Cette écologie de l’esprit, l’étude de la vie culturelle sur le terrain humain, existe, ou plutôt se construit peu peu. J’ai nommé la mémétique.

Bravo pour cette analyse lucide et représentative de ces 2 tendances : esclavage caché ou symbiose fragile.

#2 aphip on 08.22.06 at 2:59 pm

Alors que le Web 1.0 s’est cassé le nez faire payer pour la richesse qu’il produisait (les fameuses versions payantes), le web 2.0 semble se contenter des produits dérivés (en particulier la pub et les liens commerciaux)… Cela est rendu possible par le fait que la production du contenu soit gratuite. A la plage, on ne peut faire payer ni pour la mer ni pour le sable, alors on fait payer pour les parasols et les cocas glacés.

#3 Julien on 08.22.06 at 3:38 pm

De la communauté du net – et de sa valorisation – il en a toujours été question; qui se souvient de celles de multimania, de spray ou d’autres respublica ?
Lors de la première bulle, le marché a heureusement sanctionné les errements folkloriques des “VC”, qui, si l’on regarde bien, ne sont pas si éloignés du délirant web 2.0 (version beta ?).
L’habillage a changé – de “oo” (google, wanadoo, boo, kelkoo …) – on est passé ic, io ou au radical “R”; on a rajouté quelques fonctions de personnalisation (en ajax, en fait des briques dérivées d’un langage déj open, le java).
Mais l’idée reste la même : monétiser le temps d’un travail qui ne porte pas son nom.

A tes 2 analyses, je rajouterai que les théories économiques actuelles (smith, walras, pareto, ricardo, schumpeter, marx…) sont basées :
d’une part sur la production de biens ou de services
d’autre part, sur une idée de nations et d’avantages concurrentiels

Puisque nous ne créons plus que du savoir (bien immatèriel, non rare, non rival, non fongible), et que le village global est avéré, se pose un problème majeur :
Comment équilibrer un modèle où le moindre don déstabilise la filière marchande l’échelle de la planète ?

Aucune des réponses actuelles, licence globale (qui ne peut être que mondiale), ou interdiction de toute relation sociale non marchande (tout DRM), ne me satisfont. Mais je veux bien crowdpenser aussi…

Julien

NB : j’aime beaucoup le post de versac sur l’étymologie des nouveaux sites; juste le modérer par le fait que la majorité des intitulés signifiants est déj réservée (appropriée) par un grand nombre de websquatteurs…

NB 2 : pour se rappeler le bon vieux temps http://www.kasskooye.com

#4 François Lasselin on 08.22.06 at 5:15 pm

Bonjour,

Le web 2.0 s’est très tendance, très mode. Il est interessant de se demander ”
Le web 2.0 est-il précieux pour l’entreprise ?

Pour l’exploitation des masses, on peut aller plus loin:
l’utilisateur peut nuire l’utilisateur

Bonne continuation

François

#5 debod on 08.23.06 at 9:01 pm

Je ne comprends comment on peut parler tant de ce qui n’existe pas.

——

Et moi je ne pige pas comment on peut être aussi laconique. Le talent? ;=)

Caveat Emptor

#6 Crise dans les médias on 09.02.06 at 10:30 am

Le web 2.0 en quelques clics…

  Le web 2.0, c’est tout nouveau. Mais déj , ses partisans et ses adversaires s’opposent. Voici quelques exemples de sites web 2.0 et, en fin d’article, des liens vers des sites qui font le tour de la question.   Plutôt que de définir …

#7 Arrière salle » Blog Archive » Débile 2.0 on 09.20.06 at 2:25 pm

[...] vous pouvez lire le papier de framasoft esclavage2.0, et autre billets critiques. Enfin, pour vous amuser vous pouvez aussi générer votre logo web2.0 (comme je viens de faire). [...]

#8 Jakdaniel on 09.29.06 at 12:20 pm

Juste pour dire, je n’ai rien contre les loueurs de parasol et les marchands de glace ! Sauf que moi je n’ai pas besoin de parasol, je ne mange pas de glaces, et j’aime bien la plage.
Le business nous exproprie et nous asservit. Derrière cette belle vitrine 2.0, il y un guichet, derrière le guichet un vendeur, derrière le vendeur un flic.
L’être humain n’est pas la hauteur de ses chimères, il vaudrait mieux pour lui apprendre les restreindre. Dans quelques années chacun d’entre nous aura accumulé suffisament de déchets électronique pour remplir sa maison (et la planète ?). A quoi (ou qui) cela aura t’il réellement servi ?
Le Web n’est pas innocent !

#9 radeau on 01.06.07 at 12:11 am

Sérieusement, je ne suis pas webmaster, je n’y connais pas grand chose, mais pour moi le web, c’est un protocole créé par tim berners lee en 1991, que tout le monde utilise aujourd’hui, et qui a toujours évolue (au niveau du langage des pages, de l’habitude des utilisateurs, etc.) et qui évoluera toujours.
Franchement, l’idée de mélanger des choses qui existaient déj (les bloggers) des techniques plus récentes (ajax) mais, dans le fond, inspiré d’autres techniques anciennes, et de regrouper tout ça sous une appelation “moderne”, ça me paraît un peu arbitraire.
Et l’année prochaine, quand un nouveau langage PHTML utilisé par 1/1000000è des sites fera son apparition, on parlera de web 3.0 ?
Et pourquoi ne pas faire la même chose pour les pays ? 2007 : les français consomme de plus en plus de choux la crème et de hdtv : france 2.0; 2008 la majorité des français pèsent moins de 100 kilos : france 3.0.
Sérieux…

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