Capital-risque et goût du sang

Paul Graham est un investisseur et il apporte des ronds à des start-ups. Et Paul Graham n’est pas un de ces naïfs adorateurs de la licence globale ou de tout autre moyen de réparer gentiment une filière musicale flippée avec l’aide de l’Etat et de la loi. Lui, son grand rêve, c’est de tuer les maisons de disques avec du pognon et du business. Quand il va s’attaquer aux journaux, je commencerai à pleurer.

Interviewé dans Techcrunch, Paul Graham dit:

One startup I dream of funding is the one that kills the record companies. You know your business model is broken when you’re suing your customers. The new business model must be out there somewhere, and my guess is that the way to beat the bad guys is not through political action (or at least, not only that), but by inventing whatever replaces them.

Et en français:

Une start-up que j’aimerais financer, c’est celle qui va tuer les maisons de disques. Vous savez que votre business model est mort quand vous commencez à poursuivre en justice vos clients. Le nouveau modèle économique doit bien être quelque part, et je pense que le meilleur moyen de battre les méchants n’est pas l’action politique (ou pas seulement), mais d’inventer ce qui les remplacer.

PS: merci à l’oeil laser de Standblog pour cette citation magnifique

2 comments ↓

#1 DRMLess on 09.06.06 at 4:52 am

Madonna et Elton John, tous deux entrepreneurs fructueux s’il s’en fût, pour ne citer qu’eux ont déjà laissé entendre que, selon eux, les concerts et, d’une manière générale, la production de concerts en ce qui les concerne, et d’une manière plus générale, la mise en scène et le réémploi exceptionnel et spécialisé de leurs créations fournira à l’avenir l’essentiel des revenus tirés directement de leurs oeuvres. Avoir assisté à un concert par exemple de Madonna ou Marylin Manson permet de comprendre à quel point un artiste se creusant les méninges peut parvenir à offrir quelque chose qui est assez mal représenté dans un fichier… mais aussi, sur un CD, voire même un DVD.

Je suppose que ce n’est pas ce qu’aimerait entendre Paul Graham, mais après tout, il ne faut pas oublier que l’industrie du disque elle-même est ce qui a tué le fructueux “business” par lequel une personne en position d’organisateur d’évènement mandatait un artiste pour la création d’une oeuvre musicale destinée à être jouée pendant l’évènement.

Donc, la réponse à cette question est entre les mains des artistes eux-mêmes, qui ont fort logiquement accepté à une certaine époque l’ensemble de contraintes applicables à toutes leurs créations qui mena à la production musicale de supports massivement reproductibles à faible coût. Tout comme le secteurs du théatre passa le dernier siècle à se réinventer et se réincarner à différentes reprises (et, ce faisant, échapper pour l’essentiel à quelque approche industrielle, une telle approche exigeant temps et stabilité du processus métier). Reste à savoir si, une fois leur liberté retrouvée, les artistes comme Madonne ou Elton John qui auront repris en main les activités associées à la production et le conditionnement de représentations de leurs oeuvres, et, d’une manière générale, la personnalisation de leurs créations accepteront le partenariat avec de nouveaux industriels, du moins sans contreparties nouvelles qu’il va donc falloir inventer.

Mais bon : une telle promesse ne coûtera pas forcément cher à Paul Grahama.

#2 julienb on 09.07.06 at 2:13 pm

En septembre 2003, dans Libération, David Bowie déclarait : “Il me paraît évident qu’avant la fin de la décennie, le commerce électronique sera amené à bouleverser l’industrie musicale. Dans un même ordre d’idée, la notion de P.I. va être révolutionnée à un tel degré que le copyright deviendra caduc à force de téléchargements et de remix de remix de remix […] Et l’originalité des artistes ne se fondera plus que sur le spectacle” (cité dans les dossiers de l’audiovisuel de l’INA, “Piratage”).
M. Graham n’a pas besoin de “tuer” les maisons de disques, elles le font très bien toutes seules. Ou plutôt, elles délaissent une activité peu rentable à court terme (la production) pour se concentrer sur la gestion de catalogues (cf. l’achat de BMG Publishing par Vivendi) ou le mass marketing concernant des gros artistes. L’activité de production (trop risquée) est laissée aux soins de la foultitude de “petits” labels - un bon millier rien qu’en France - qui ont vu dans le web l’occasion de se réapproprier la relation public-artiste. L’annonce récente de Myspace va dans ce sens..

Leave a Comment