Les débuts de l’IGN sur le Web ont laissé un souvenir plus que mitigé: subermergé par le succès de leur Google maps-like, l’Institut n’a pas su gérer les premiers jours de mise en ligne. Et qu’a-t-on découvert une fois le service enfin accessible? Un service amusant de survol de la France en lecture seule. Un gadget plaisant idéal pour piquer du temps de travail à son patron, jeter un cil sur la maison de famille à la campagne ou observer la tour Eiffel. Impossible de réutiliser le système de cartographie de l’IGN pour créer son propre service, le coupler à un autre logiciel ou inventer une nouvel usage. Quant à créer une entreprise s’appuyant sur les données de l’IGN, bon courage: l’Institut doit désormais cracher du bénéfice, et impose des tarifs élevés pour ses données.
Pendant ce temps, un acteur privé comme Google joue l’ouverture -intéressée- avec Google Maps, accouplé avec humour, ingéniosité ou inspiration par de nombreux services amateurs ou professionnels.
Le cas de l’IGN, suffisamment emblématique pour avoir ému les initiateurs de la campagne Freeourdata du quotidien anglais The Guardian, symbolise parfaitement les impasses actuelles d’une politique de service public à l’heure du numérique. Car à quoi sert un service public? A permettre un accès égalitaire à tous les citoyens, bien sûr, quel que soit leur revenu ou leur situation géographique. Mais aussi à fournir une infrastructure ouverte, un bien commun, un socle destiné à encourager la citoyenneté ou les activités commerciales. Le service public d’éducation en est un bon exemple: l’école gratuite, laïque et obligatoire permet en théorie d’éveiller les citoyens, de les rendre autonomes. Mais le “capital humain” ainsi créé rend aussi possible la création d’activités économiques. Ces dernières, via l’impôt, contribuent en retour au financement du bien commun “éducation”.
A l’heure du numérique et des réseaux, il devrait en être de même pour les données et les services de l’IGN, pour les archives audiovisuelles de l’INA ou pour Météo France: financés en grande partie, sinon exclusivement, par des fonds publics, ces services devraient être gérés et fournis comme des biens communs. Pas comme des ersatz d’entreprises commerciales. On le voit avec l’IGN, mais aussi avec les archives de l’INA: cette logique aboutit à des résultats croupions, ludiques, mais très loin des enjeux actuels de la construction d’une société du savoir harmonieuse.





2 comments ↓
cela fait quand même partie du grand tout de la “privatisation” de la sphère publique, puisque l’exploitation des données publiques est dorénavant un enjeu commercial soumis à la concurrence privée (directive 2003/98 du 17 novembre 2003). cette directive a été transposée en france en 2005, et avait été sous le feu des projecteurs lors de la commercialisation des résultats du bac.
A noter aussi l’initiative et pétition du site “Public Geo Data” :
http://publicgeodata.org
“”" On 23 January 2006, the Council of European Union has formally adopted a common position on the Inspire Directive, which stipulates that Geographic Data collected by National Mapping Agencies all over Europe should be owned by such agencies and not by the Public. While a lot of datasets are available in the United States under a public domain licence, little geographic data is available under open access terms in Europe but is instead made available at monopoly prices by national mapping agencies. Restricted access to geographic data for the public and businesses due to high costs and narrow licenses means fewer services and fewer jobs in Europe.”"”"
La pétition :
http://petition.publicgeodata.org/
Autre initiative intéressante de cartographie par “les amateurs” via GPS :
http://wiki.openstreetmap.org
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