Copyright Tour avec vos impots: Global India

Me voila en Inde. A Bombay, première étape d’une série de débats et de conférences sur les rapports conflictuels entre propriété intellectuelle et mondialisation à l’invitation de l’ambassade de France et des Alliance Française locales. Avec vos impôts, merci.

Premier matin, premier journal quotidien, The Times of India, lu en terrasse d’un petit café, donnant sur une rue saturée d’odeurs, de misère, de bâtiments décatis.

page 8:
“Bollywood makes a killing oveseas with more prints”, relate les 325 écrans qui vont accueillir Don, un film local, record historique. La photo de la star, Shah Rukh Khan est titrée “Global exposure”

page 19:
un article analyse la visite du premier ministre indien, Manmohan Sing, en Angleterre, sous le titre “Brand India 2006 is a Blair sucess story”. Qu est ce qui explique ce salut à Blair? Il serait le premier à avoir associé le succès économique de l’Inde à celui de la Chine. “To give brand parity with China”, écrit le journaliste, le premier à avoir gommé l’image de pays “pauvre, sale et chaotique” pour en faire avec la Chine l’une des deux “biggest beasts of the globalisation jungle”.

page 23:
un trombinoscope de “The brightest faces of a brave new India”.
Avec une liste d’entrepreneurs “qui ont saisi les opportunités apportées par le changement pour en faire du gros”. Petit article en éclairage sur “la saga des réformes”.


Et en couverture du supplément Education, “IT’s raining jobs! Halleluiah!”, avec un article décrivant les dizaines de milliers d’emplois créés cette année par les grandes entreprises indiennes de services en informatique et “information technology” (IT)


Ouf.

Le soir, à l’Alliance Française, une trentaine de personnes sont réunies pour écouter, en anglais, un débat sur “propriété intellectuelle et mondialisation”. J’y décris les errements d’une politique mondiale de la propriété intellectuelle qui ne prend pas en compte les besoins des pays pauvres, et où les brevets peuvent être utilisés pour bloquer la production de médicaments antisida à bas coûts (on peut lire l’intervention en anglais ici). Pisse-froid, comme genre.

Mon coconférencier est un cador du barreau des avocats ici. Après mon intervention, il précise, très volontaire: “Je ne me poserai pas la question de savoir s’il faut de la PI ou pas, s’il faut la réformer ou pas. La Pi est là pour rester, je vais plutot me concentrer sur ce qu’elle va changer et les défis qui nous attendent”. Avant de brosser un tableau idyllique d’une mondialisation brassant les cultures et les économies sur une planète devenue “un village”. Défis, globalisation, investissements, sous-traitance, opportunités, emplois… “Même dans un devoir sur la cuisine, mes étudiants parlent au moins deux fois de mondialisation”, me dira quelques heures plus tard Cécile, qui enseigne le français aux indiens ici. Et dans les journaux, on parle peu des inégalités ou du suicide de plusieurs centaines de fermiers ces derniers temps. L’élite indienne a les crocs.

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3 comments ↓

#1 julienb on 10.15.06 at 4:57 pm

il y a pire comme destination pour faire du prosélytisme sur la PI…

 Je confirme (depuis Calcutta): cette “tournée” (!) est un grand bonheur. Pour le contribuable que tu es, cela a coûté 1500 euros en billets d’avion (Paris-Bombay aller/retour + les déplacements Bombay-Bengalore-Madras-Pondicherry-Calcutta-Bombay), auxquels il convient d’ajouter mes “per diem” (le défraiement par jour) pour un total de 1200 euros, dépensés en hôtels et nourriture, avec beaucoup de confort. Le tout pour une conférence ou un débat par ville (donc 5 étapes).

 Caveat Emptor

#2 CAVEAT EMPTOR » Micronobel de la Paix? on 10.15.06 at 9:15 pm

[...] Méfiez vous des marchands « Copyright Tour avec vos impots: Global India [...]

#3 celeste on 10.18.06 at 3:13 pm

J’ai aterri chez vous parce que quelqu’un a laissé sur mon blog un link qui menait au vôtre.
il faut dire que je parlais de Muhammad Yunus et d’Amartya Sen.
donc je ne sais pas qui vous êtes, mais je sais que vous êtes en Inde.
Nous avons passé deux fois deux mois en inde du sud (2005 et 2006)et réalisé un documentaire.
j’ai aussi écrit une chronique quotidienne sur mon blog. chroniques dédiée à toutes les rencontres que nous avons faites en vue de la réalisation d’un autre docummentaire.
C’est peu dire que j’aime l’Inde.
nous espérons y retourner à Noël.
Votre article sur Yunus m’a vivement intéressée. a priori je considère le micro crédit comme quelque chose de positif. mais dans le cadre d’un projet que nous mettons en place au Kerala avec une Onlus italienne, la question du micro crédit s’est posée et la crétrice de l’Onlus m’a fait part de son désenchantement.

Bon voyage, profitez de chaque sourire…si vous avez le temps, allez marcher tôt le matin ou en fin d’après-midi sur la promenade de Pondy, ou le dimanche après-midi sur la plage de Chennai
Céleste

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