Le lancement de Firefox 2 ces jours derniers a ravivé une polémique aussi vieille que RedHat et l’apparition des premières entreprises capables de faire cracher des jets de dollars aux projets de logiciels libres. De fait, il semblerait -mais l’information demeure curieusement floue et je ne parviens pas à trouver de sources précises- que l’entité commerciale Mozilla Corp., qui gère les partenariats pour la Mozilla Foundation, encaisse plusieurs dizaines de millions de dollars grâce aux Google Bars et autres bidules lucratifs.
Pour cet employé de Microsoft, aucun doute, voici un odieux exemple de travail “à l’oeil”, où les communautés bénévoles du Libre dopées à l’idéologie du partage se font exploiter par d’opportunistes insiders salariés.
J’ai toujours considéré que ce débat était tronqué dans ses termes même: faut-il rappeler que Firefox, à l’instar de tous les logiciels libres, est un bien commun, non appropriable en tant que tel? Quand je me rends à la plage -autre bien commun-, je mets un point d’honneur, comme la plupart des gens, à ramasser les saloperies qui traînent dans le sable. Et gratuitement. Faut-il pour autant râler contre ces salauds d’employés municipaux qui sont payés pour faire le même boulot? Et rémunérés avec mes impôts, en plus!
La nature toute particulière des biens communs en général et du Libre en particulier permet d’envisager, justement, la cohabitation (à peu près) harmonieuse de salariés et de bénévoles, d’entreprises et de services publics. Le Libre est une économie mixte particulièrement novatrice.
Mais pas de naïveté pour autant: assurer cette cohabitation harmonieuse sur le long terme implique une attention soutenue. Si les employés municipaux de la plage se les roulent sous le parasol en s’enfilant des mojitos pendant que je ramasse les seringues qui traînent, je vais fissa trouver l’affaire insupportable. Il n’est rien de plus ravageur que le pseudo bon sens et l’adage “Tout travail mérite salaire” est bien ancré dans les esprits même les plus afutés.
A ce titre, la Mozilla Foundation et Mozilla Corp. ont une réelle responsabilité. Il est tout à fait curieux, par exemple, que les “millions de dollars” générés par les partenariats commerciaux demeurent une sorte de cagnotte-mystère, sans plus de détails -mais peut-être ai-je été incapable de trouver l’information. Il serait peut-être bon, de la même manière, de mieux connaître la répartition des rôles et des tâches entre salariés et bénévoles. De même, savoir à quoi cet argent doit être dépensé, comment il sera décidé de la façon dont il est dépensé, etc… serait intéressant. J’aimerais beaucoup entendre le boss de Mozilla Europe sur ce sujet.
Mise à jour: on trouvera ici plein de liens et d’arguments (dont pas mal de délires du côté de ceux qui ne voient le monde que comme un match serré entre le privétoutprivé et l’étattoutétat).
Mise à jour bis: Tristan Nitot répond avec précision sur Standblog. Il faut suivre les liens indiqués. Sur les comptes de la Mozilla Foundation, il renvoie au rapport annuel qui, fatalement, est en décalage temporel à cause des circuits administratifs (administration fiscale américaine etc..). Là , on a les millions de 2004. Il faudra donc attendre un peu pour lire les résultats 2005 et 2006, fatalement plus intéressants.





5 comments ↓
Voilà une excellente analyse, y compris une question légitime, posée dans des termes mesurés.
(ceci pour faire la différence avec les termes stupides utilisés ailleurs : Berrebi, par exemple, ou Netéco)
En effet, excellente analyse.
le probleme c est plus: “si une agence de voyage se fait des milliards en envoyant des touristes sur la plage que tu as nettoyé gratos, est ce que la responsabilité de cette agence, et de la mairie, n’est pas de partager les revenus avec toi”.
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Aaaaahhhh je suis grillé! Une adresse en “microsoft.com” sur Caveat Emptor! Et en plus je suis d’accord avec son titulaire sur la question de la transparence… Moins sur l’idée de se servir de l’argent de la “Mofo” pour faire du capital risque ou privatiser le bénéfice financier du travail commun, comme vous le suggérez ici: http://codor.blogs.com/intro/2006/11/quelques_prcisi.html
En l’espèce l’agence de voyage pétée de blé, elle paie des impôts redistribués à tous. Avec la plage bien commun elle palpe de l’argent dont une partie devient commun, c’est furieusement social-démocrate. Avec le Net, il nous manque juste un système fiscal mondial adapté. Ca me plait, comme objectif, et vous?
Caveat EmptorÂ
[…] Le panda rouge et l’argent du panda rouge ; […]
Nacho Libre!…
Yeah !mes partenaires de la MoFo Europe ont decidé de repondre aux questions que tout le monde se pose et enfin, de communiquer sur l’utilisation des fonds de la Mozilla Foundation. Les comptes de la MoFo USA 2003 et 2004…
«Il n’est rien de plus ravageur que le pseudo bon sens et l’adage “Tout travail mérite salaire� est bien ancré dans les esprits même les plus afutés.» Allez, je vais en parler aux stagiaires de Capitole Records
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