Imaginons une machine à dupliquer toute la matière du monde: la nourriture, les objets, les tissus, les paysages… D’une pression sur un bouton, là où l’on trouvait un quignon de pain, c’est une baguette qui apparaitrait. A partir d’une maisonnette, sans argent et sans effort, l’on bâtirait un lotissement. Dans le monde réel, on saluerait le logement pour tous, l’abondance réalisée, la fin de la faim et l’éradication de la misère. Mais pas dans Second Life, le monde en 3D où se pressent plusieurs centaines de milliers d’avatars: l’arrivée d’un logiciel Copybot capable de cloner à l’infini objets, vêtements (et même personnages) y sème une zone pas possible, ruinant un système économique bien rôdé, où les habitants avaient pris pour habitude de peaufiner leurs habits, de bâtir des logements, voire d’ouvrir commerce et de tout revendre en brouzoufs locaux, les Linden dollars.
Or comment monnayer ce qui désormais est disponible à l’infini pour rien, par la grâce de Copybot? Face à ce crime de duplication, l’avant-garde progressiste de Second Life -les petitscommerçants- piaille, proteste, réclame des mesures coercitives contre ces pirates de la multiplicité. Les boulangers exigent que l’on cloue sur la Croix Jésus Christ, le mutiplicateur de pains, pour sauver leur business. Secouée par ces mouvements populaires en faveur d’une économie de marché propre et bien tenue, la société à l’origine du jeu s’apprête à prendre des mesures et cherche à empêcher l’usage du logiciel honni.
Qu’elle est jolie, cette affaire de contrefaçon, soudain fléau d’un monde virtuel. En ligne ou hors ligne, l’économie telle qu’on la conçoit aujourd’hui est bien fondée sur la rareté, la privation, l’insatisfaction. Le marché, c’est une affaire de frustrés. L’abondance fait fuir le marché aussi sûrement que l’aïl fait reculer le vampire. Et nous sommes devenus aveugles aux mérites de l’abondance en même temps qu’accrocs au marché et à la rareté.
PS: il est un commerce qui, parions le, doit continuer de prospérer dans Second Life, malgré le Copybot: c’est la prostitution. De gentes dames et de sympathiques garçons monnaient ainsi leur temps pour quelque sex-text et autres cyberchatouilles. Et ce temps qu’ils y consacrent, le Copybot ne peut le dupliquer.





4 comments ↓
C’est pas comme les vendeurs de CD qui hurlent contre le numérique qui permet l’abondance de musique, cette affaire?
Une histoire amusante en effet. Vous avez lu le livre de Castronova sur les mondes virtuels? Il y montrait que les problématiques économiques de la rareté se posaient très différemment dans un jeu. En l’occurence, est-ce vraiment le business de second life qui est menacé, ou l’intérêt du jeu? De la même façon que world of warcraft est moins drôle si tout le monde est suréquipé, Second life est moins amusant sans une dose de frustration.
Secondlife est victime de son succés il est un echapatoire a notre realité cotidienne.
La quete de l’Argent , publicité, fringue et marque, la course a la possession, sexe, importance de l’estetique sont omniprésent dans second life, de quelle “echapatoire à la réalité” parles tu ????????
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