Bernard Maris, un économiste contre les économistes

http://www.flickr.com/photos/brent_nashville/166218527/Ca barde contre le chroniqueur-économiste-écrivain Bernard Maris, alias Oncle Bernard. Poum, voici l’interview qu’il a donnée à Libération éreintée sur le blog de Daniel Schneidermann. Et re-poum, voilà Léconomiste, sur son blog , qui envoie quelques bordées de plus dans la face de celui qu’il qualifie avec nuance de “Jojo ivre mort au café du commerce”.

Histoire de permettre une petite séance de rattrapage, voici tout d’abord un extrait du genre de propos tenus par Bernard Maris:

Avant, c’était simple : il y avait le patron, les syndicats, le travailleur. Le travailleur pouvait péter la gueule de son boss. Aujourd’hui, l’ennemi est partout. Du collègue de bureau au travailleur textile chinois en passant par le plombier polonais. La notion de lutte des classes a explosé : elle est aussi forte dans la classe qu’entre les classes. Le capitalisme préfère l’agitation stérile à l’introspection. On consomme par mimétisme. On se réfugie dans le futile, relevait déjà Pascal. Formidable civilisation que celle où le déchet devient la première marchandise ! Une civilisation Thanatos, barbare, pas très Eros.

Et un extrait des salves de Leconomiste:

Que dit donc Maris ? N’importe quoi, et c’est bien le problème. Mieux, il défend l’idée que l’économie est n’importe quoi, puisqu’il refuse les chiffres (qui ont le mauvais goût de le démentir), les théories (la cohérence intellectuelle est beaucoup trop contraignantes pour ses élucubrations en chaîne) et l’étude précise, au profits de grands discours dont il n’est pas difficile d’identifier l’origine. Quand il dit que celui qui crée de la richesse, c’est le créateur, l’inventeur ou le chercheur, et qu’ensuite, le capitalisme organise l’exploitation du créateur par le méchant marchand, qui ne crée rien mais vole la création, on croit entendre un marxiste de la grande époque. Le capital, c’est le vol. Oui, il en est encore là .

Ces critiques des propos de Maris me semblent surréalistes. En creux, on y décèle l’éternelle question de savoir si l’économie est une science. Réponse? En fait, tout dépend de ce que l’on appelle la science, ce dernier terme posant un sacré (et passionnant) problème de définition. On lira avec profit le riche et pédago article des camarades d’Econoclaste sur la question et on en sortira pas plus avancé et sans certitudes, mais lesté de quelques grammes de culture en plus.

La question du jour est plutôt: qui est un économiste et qui peut se présenter comme tel pour causer dans Libé? Et là , monsieur Léconomiste semble répondre par l’habituel critère: est économiste celui qui est reconnu comme tel par les économistes. Or dans le domaine de la science et de la recherche, cette cooptation prend une forme tout à fait ritualisée: la publication dans des revues reconnues, avec évaluation par ses pairs. Sur ce point, il est évident que Bernard Maris est plus réputé pour ses livres et ses articles dans Charlie Hebdo que pour ses multiples publis, au contraire d’un Thomas Piketty, par exemple.

De là à lui interdire formellement de pouvoir s’exprimer en tant qu’économiste, il y a un gouffre: tout d’abord, il faut rappeler que ce mécanisme de publications et d’évaluation par les pairs est un idéal-type, pas une panacée. L’évaluation par les pairs pousse au mimétisme et à l’intelligence grégaire et rend plus difficile les ruptures de paradigme. Et sa mise en oeuvre elle-même n’est pas exempte de difficultés et de dérives. Même dans une science dure et formelle comme les mathématiques, certains chercheurs s’affranchissent par génie, folie ou mépris d’un tel système, comme Grigori Perelman, qui a refusé la médaille Fields.

Ensuite, et pour revenir plus directement au cas de BM qui n’a jamais prétendu vouloir terrasser Piketty dans les rankings internationaux, pourquoi lui dénier un droit de regard et de pédagogie sur l’économie? Les exemples pris par Leconomiste et d’autres critiques semblent hors de propos. Tout d’abord, Bernard Maris serait terriblement café du commerce, à manier, par exemple en parlant des charges contre les 35h, des remarques comme “Au rêve de la fin du travail, on oppose le travail sans fin. Au possible épanouissement dans le boulot, on oppose la compétition à marche forcée.”

Evidemment, ça manque de chiffres, de démonstration, de coût-bénéfice et d’avantages comparatifs. Mais ce n’est pas son propos: il fait juste remarquer que le discours politique est le premier relais des travaux des économistes et que la prétendue neutralité de ces derniers y perd pas mal de virginité au passage; pire, ils finissent par justifier la défense de valeurs grotesques, comme le fait de prendre le hamster dans sa roue comme un modèle pour l’être humain.

Ensuite, Maris déconnerait à pleins tubes avec des formules utopiques sur la gratuité du geste du créateur, du chercheur ou de l’artiste, qu’il présente comme indispensables au capitalisme. “Pour créer de la richesse, il faut de la gratuité, de la beauté inutile”, dit Maris. “Mais alors, qui fera le pain de ces artistes et de ces chercheurs?”, riposte Léconomiste, pris en flagrant délit d’allergie lexicale: car la plupart des économistes ne supportent pas le mot de gratuité. Or c’est un mot complexe, polysémique et subtil, la gratuité: affirmer, comme le fait Maris, que l’artiste crée sans but lucratif et permet éventuellement à toute une chaîne marchande de se faire du pognon n’implique pas que ce même artiste n’ait pas besoin de croûter et qu’il ne soit pas de la responsabilité de la société d’organiser un mécanisme pour le nourrir. Même topo pour le chercheur. Dans ces deux cas, on notera que des choix spécifiques ont été mis en oeuvre: droit d’auteur pour le createur artistique, qui le raccroche au marché sans l’y soumettre totalement; et financement par l’impôt pour la recherche publique. La gratuité de l’intention n’implique pas l’absence de financement. A l’inverse, il paraitrait en revanche bien hasardeux -pour la création et, in fine, pour le capitalisme- de forcer l’artiste ou le chercheur à rentrer dans un modèle marchand pur.

Que Léconomiste et d’autres écono-scientifiques rejettent en bloc la forme fatalement synthétique d’une interview journalistique et n’apprennent rien de ces propos, pourquoi pas. Mais faut-il pour autant se mettre la Science en écharpe et s’en servir pour caler le riot gun? D’autant que le même Léconomiste n’est pas exempt dans certains cas d’une absence de rigueur dans ses propres démonstrations: dans un de ses articles sur le droit d’auteur, il déploit un joli raisonnement logique sur le DRM idéal pour résoudre la question difficile du numérique et de la copie d’oeuvres, sans voir les failles scientifiques et techniques de ces verrous culturels, et sans aborder la question cruciale des externalités positives de la culture (moi aussi, je peux utiliser des gros mots économiques et balancer des arguments d’autorité, si je veux.).

Note spéciale “conflit d’intérêt”: double conflit sur ce post. Primo, l’interview de Maris a été publiée dans Libé, pour l’instant mon employeur tant que je n’y ai pas été vitrifié. Deuzio, Maris a dit du bien de mon dernier livre dans son Antimanuel, tome 2 et dans Charlie Hebdo. Mais le blog Econoclaste en a aussi dit du bien, alors même que l’un de ses fondateurs étrille Bernard Maris. C’est compliqué, la vie, non?

33 comments ↓

#1 leconomiste on 12.01.06 at 11:20 am

Tiens, mon petit blog a attiré l’attention ici. Malheureusement, j’y l’impression d’y retrouver les arguments habituels pour justifier qu’on puisse dire n’importe quoi en économie. Profitons-en pour en faire un petit florilège :

- La reconnaissance par les pairs n’est pas la panacée. Preuve : il existe des scientifiques ayant apporté des contributions significatives qui n’ont pas été reconnus par leurs pairs. Est-il vraiment nécessaire de rappeler qu’une exception de fait pas la règle ? D’autant plus que contrairement à ce que suggère l’article, il existe des revues hétérodoxes de très bonnes tenue. Maris n’y a pas plus publié que dans leurs contreparties orthodoxes. Pourquoi ? Je pense qu’on peut en trouver un début d’explication ici : http://leconomiste.free.fr/notes/tb.php?id=38

- Les travaux des économistes débouchent sur un discours politique. Pour ma part, j’attends encore de savoir quel discours politique relaie les travaux d’un Jean Tirole. Puisque vous lisez Econoclate, rappelez-vous combien de fois ils ont notés au contraire l’écart entre ce que disent les travaux économiques et ce que les politiques veulent leur faire dire. Le problème de Maris, c’est précisément que n’ayant pas de travail économique qui tienne la route, il n’a qu’un discours purement politique, qu’il cherche à légitimer en lui apposant l’étiquette de travail d’économiste.

- Les économistes comprennent rien à la gratuité. Là , je rigole franchement, sachant les heures que je passe sur Wikipedia. Seulement, je n’ai pas la double naïveté de l’ériger en principe de fonctionnement, ni de confrondre prix nul et gratuité. En ce qui concerne les artistes, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, l’idée de l’artiste travaillant par seul amour de l’art et un mythe. Il suffit de lire Françoise Benhamou (Economie de la culture, ed. La Découverte, coll. Repères) ou Pierre-Michel Menger (Portrait de l’artiste en travailleur) pour s’en convaincre. Loin d’être l’idéal de l’anti-marché, comme le dit Maris, l’artiste est au contraire présenté par Menger, sur la base d’étude de leur comportement, hein, pas de considération générales sur ce que Maris croit être, comme le prototype du travailleur qualifié du capitalisme d’une société de la connaissance. Quant au chercheur, il faut vraiment ne pas en avoir fréquenté pour ne pas mesurer l’ampleur de la concurrence qui sévit dans ce domaine, concurrence pour les places et l’influence.

Enfin, concernant les DRM, je précise en préambule de l’article que je m’abstrait délibérement du problème, que je connais un peu, des contraintes techniques d’implémentation. C’est effectivement un raisonnement logique, et présenté comme tel. Chercheriez-vous à brûler un homme de paille ?

Je maintiens que le discours de Maris n’a ni rime ni raison. L’extrait que vous citez est d’ailleurs éloquent : pour illustrer un comportement de fuite dans le futile qu’il attribue au capitalisme, Maris ne trouve pas mieux que de citer un auteur d’avant la révolution industrielle. Ou comment se démentir d’une phrase à l’autre.

Cher Léconomiste,

merci d’avoir pris le temps de venir déposer votre expression fétiche (”n’importe quoi”) sur Caveat Emptor, j’en suis fort honoré, d’autant que vous avez aussi pris le temps de l’argumentation. Cela dit, je vous trouve un poil péremptoire, car enfin, relisez moi & relisez vous: il y a compatibilité entre nos propos, où je rêve?

•Sur l’évaluation par les pairs: j’ai juste fait remarquer que c’était un idéal-type, et que la réalité de sa mise en oeuvre n’est pas exempte de failles et de limites. Exprimer cela n’implique en rien une remise en cause radicale de ce mode de fonctionnement de la science ouverte. J’ai même une tendre fascination pour ce modèle et son efficacité. (Même remarque à Antoine, dans un autre commentaire, qui s’inquiétait d’une dérive créationniste de ce ce blog: et là je dis no pasaran)

•Sur la politique, je vous retourne l’argument: un exemple (Tirole) ne fait pas une règle…

•Sur la gratuité: rabattre sur le vocabulaire (”prix nul” ou “gratuité”) ne change pas grand’chose au fond: la connaissance, la culture et l’immatériel en général répondent à des logiques très différentes du monde matériel. Vous le dites vous-même ici, le livre de Menger est passionnant parce que, justement, il aborde ce point. Et je suis désolé de m’obstiner, mais la société a trouvé des biais pour rendre compatible ces formes particulières de production avec une économie marchande. Mais là encore, peut être bute-t-on sur une incompréhension liée au vocabulaire: quand je parle de “marché” je l’utilise au sens commun, avec des prix, une valeure marchande etc.. Si vous avez en tête des “marchés de réputation” et autres, évidemment, nous pouvons toper là . Votre évocation de la concurrence entre chercheurs est à ce titre intéressante: bien sûr qu’il y a concurrence féroce dans le petit monde du “publish or perish”. Mais la forme d’organisation de la production de “l’académie” est tout de même très différente de celle à l’oeuvre pour les voitures ou les chaussettes, non?

•Sans faire l’obsédé lexical de service, j’ai aussi l’impression que la définition du mot ‘économiste’ est finalement le coeur de votre énervement: Maris se définirait comme politologue, journaliste ou jardinier, vous ne bougeriez pas un neurone. Auriez-vous peur de vilaines tâches sur votre diplômes? ;-)

•Et il est hors de question de brûler l’homme de paille. J’ai toujours craint le feu.

Bonne journée,

Caveat Emptor

#2 Antoine on 12.01.06 at 11:52 am

“L’évaluation par les pairs pousse au mimétisme et à l’intelligence grégaire” Vivement les interviews de créationistes, des défenseurs des “théories alternatives” sur le SIDA etc.

Bonjour Antoine,

ma formulation était sans doute excessive: si l’on peut relever les défauts ou limites de l’évaluation par les pairs, cela n’en fait pas un mécanisme à jeter aux orties, bien entendu. Jusqu’à preuve du contraire, je ne crois pas qu’on ait trouvé mieux et vous ne verrez pas ici passer de créationnisme, de patasciences et autres théories alternatives sur le Sida.

Caveat EmptorÂ

#3 Antoine on 12.01.06 at 2:16 pm

Bien, il se trouve que Maris n’a, à ma connaissance, aucune publication dans une quelconque revue à comité de lecture, qu’elle soit “mainstream” ou non, française ou internationale. La France ne manque pas d’excellent économistes (Piketty, Cohen, Tirole, Cahuc, Blanchard, Salanié et bien d’autres) qui ont de vraies analyses fondées sur des études théoriques et empiriques sérieuses. Ce qui plait chez Maris, c’est son côté iconoclaste, mais cette iconoclastie n’est fondée sur rien, si ce n’est une collection de slogans. Les iconoclastes sérieux voient leurs travaux reconnus, voir par exemple le Nobel d’Herbert Simons.

Comme il a été dit sur un certain nombres de blogs, l’économie en France n’est vue que comme une discipline discursive dans laquelle l’examen sérieux des faits ne semble pas avoir le moindre poids, et où finalement tout se vaut, donc Maris vaut bien Tirole. Comme en plus il passe mieux à la télé car son discours est sans nuances, on n’est pas sorti de l’auberge…

#4 leconomiste on 12.01.06 at 2:54 pm

Voilà , une débat discuté et argumenté. Honnêtement, j’aime mieux ça.

En ce qui concerne le discours politique comme expression de la recherche économique, je vous conseille le chapitre sur ce sujet du bouquin de Bernard Walliser, *L’Intelligence de l’économie*. Il montre, et ce n’est pas nouveau, que l’expression du doute, des incertitudes et des limites inhérente à l’exposé d’un travail de recherche est incompatible avec les cadres de la communication politique. Du coup, il défend l’idée que le chercheur qui veut faire connapitre au grand public sa recherche ne doit pas aller dans le champ politique, mais dans celui de la vulgarisation. Et force est de constater que ce dernier champ est bien peuplé (voir la collection des Repères), ce qui me fait dire qu’il est dommage que ce soient ceux qui vont du côté de politique qui attirent le plus d’attention.

En ce qui concerne la culture et l’immatériel, je ne suis précisément pas convaincu qu’il existe une différence radicale avec celle des biens matériels. Je ne l’ai pas lu, mais j’imagine que Daniel Cohen en parle dans ses *Trois leçons sur la société post-industrielle* (j’ai servi de béta-testeur pour les leçons en question, avec le reste de ma promo) : dans une chaussure de marque (mettons Nike), qu’achête-t-on ? Essentiellement de l’immatériel, l’image associée au port des chaussures en question. Il existe donc un continuum de bien depuis celui consommé uniquement pour son constituant matériel (un gomme) et un bien consommé uniquement pour son constituant immatériel et symbolique (un livre de poche). L’étude des relations entre édition de poche et édition en grand format d’un même texte est éclairante sur la difficulté à séparer la valorisation du contenu immatériel de celle du support immatériel.

À ce titre, là où nous différons, il me semble, est dans l’étendue du concept de marché. Réduire ce concept à des échanges matériels réglés par des prix revient à suppose ex ante qu’il ne peut pas s’appliquer à des domaines immatériels. Une erreur fondamentale de Maris, il me semble, est justement de faire cette restriction, et de se refuser de voir que le marché n’est pas simplement un lieu de conflit, sous l’euphémisme de concurrence, mais aussi un lieu de collaboration puisque le rôle même d’un marché est de permettre des transactions mutuellement profitables.

Enfin, oui, je suis effectivement très sensible à l’utilisation de l’étiquette économiste. Pour la même raison que les médecins n’aiment pas être confondus avec les rebouteux. Je pense savoir reconnaître un raisonnement économique, qu’il émane d’un économiste certifié ou non. Mais se servir de ce terme pour légitimer aux yeux d’un public moins averti des pétitions de principe idéologiques, c’est de l’abus de confiance. Abus si général qu’on a aujourd’hui toutes les peines du monde à convaincre, en France, que l’économie n’est pas la simple expression des préjugés du locuteur. De ce fait, Bernard Maris fait beaucoup de mal à ceux qui, modestement, essayent de faire valoir les résultats modestes mais robustes de leurs recherches. Par exemple que baisser nettement les effectifs d’une classe en améliore les résultats. On ne va pas renverser le capitalisme avec ça. Mais on a une piste fiable pour lutter contre l’échec scolaire en ZEP.

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Sur la question de l’immatériel: effectivement, Daniel Cohen reprend bien dans l’une de ses leçons son exemple de la valorisation immatérielle de la Nike (que je lui ai aussi piqué à plusieurs reprises dans des articles, interventions ou livres, d’ailleurs, tant elle est limpide). Mais cela ne change rien à la difficulté, je crois, des questions économiques sur ce point: qu’il s’agisse de l’effet “marque” encouragé par la publicité, des coûts de R&D ou du geste artistique du designer, j’ai tout de même l’impression que les outils de l’économie sont un peu frustres pour aider à l’analyse (et notamment régler le niveau de propriété intellectuelle souhaitable, puisqu’il s’agit bien souvent de l’enjeu). On bute très vite sur des phénomènes plein d’externalités, de sociologie (la distinction), et en plus avec des effets très différents selon les secteurs (la Nike même dopée à l’immatériel n’a rien à voir avec le livre, la musique avec les médicaments, ces derniers avec les mathématiques, et l’amour dans tout ça?). Mais bon, je ne suis pas économiste du tout, je ne peux que picorer, écouter et en tirer des impressions. A ce titre, si vous avez des études ou des publis en stock sur le rôle de la publicité dans le commerce international, par exemple je suis preneur….

Quant à l’effet d’une baisse forte des effectifs d’une classe de ZEP sur le niveau scolaire moyen d’icelle montré par Piketty, je n’ai pas l’impression que ce message ne soit pas passé, au contraire: tous les candidats à la présidentielle s’en sont saisis, tout comme certains syndicalistes enseignants. Mais vous devez aussi convenir, camarade économiste, que ce genre de travail est tout de même bien plus simple à vulgariser que le modèle de Grossman et Rossi-Hansberg…

C’est d’ailleurs aussi le cas pour le rôle de l’impôt sur les successions, un autre travail de Piketty: le gaillard est rusé pour trouver des sujets grand public ;-) A ce titre, il ne faut pas oublier le rôle des médias dans cette affaire: faire passer un message complexe sans trop en sacrifier les subtilités est un exercice redoutable et le meilleur ami du scribouillard est bien l’universitaire à l’esprit de synthèse, limpide et capables de manier les formules. Un bon vulgarisateur, diriez-vous. Mais entre l’édition de vulgarisation type Repères et la politique, il y a bien le champ médiatique, espace public bourré de politique: faut-il que les universitaires trop soucieux de la précision de leurs travaux le désertent par peur de faire des embardées de slogans? Cela m’étonnerait que vous pensiez cela.

Caveat Emptor

#5 leconomiste on 12.01.06 at 4:32 pm

ais entre l’édition de vulgarisation type Repères et la politique, il y a bien le champ médiatique, espace public bourré de politique: faut-il que les universitaires trop soucieux de la précision de leurs travaux le désertent par peur de faire des embardées de slogans? Cela m’étonnerait que vous pensiez cela.

Eh bien au risque de vous surprendre, je pense qu’il ne faut l’aborder qu’avec prudence. Pourquoi avoir fait un blog, alors, me diriez-vous ? Parce que le blog me semble être le bon type de format pour cela. Ouvert, parcellaire, il est moins soumis qu’un article de journal ou qu’un entretien à la dictature du format. Le temps de donner aux économistes de comptoir la corde dont ils ont besoin pour se pendre eux-mêmes, ce serait peut-être une bonne idée de leur abandonner cet espace et de les y laisser s’invectiver.

#6 julienb on 12.01.06 at 6:58 pm

sans entrer dans ce débat, qui me rappelle juste ce que mes prof d’éco disaient il y a bien longtemps, à savoir que l’économie était une science molle, et qu’en tant que science sociale, parce qu’humaine, elle était bien entendu faillible

#7 EL on 12.01.06 at 8:30 pm

Quelques remarques en passant :

@Florent Latrive :
- Les tendances à l’orthodoxie et à l’hétérodoxie co-existent sans avoir rien à voir avec le système de peer review, et forment ensemble cette “tension essentielle”, cette dialectique, au coeur de la dynamique de production des savoirs (1).
- Perelman ne s’est jamais affranchi de ce système : c’est bien à ses pairs qu’il a envoyé ses travaux.
- Léconomiste, dans son commentaire sur le BBB, ne s’attaque pas à la notion de gratuité mais à une certaine “vision” de l’avenir de Maris, toute pleine et de chercheurs et d’artistes.

@Léconomiste
- Tirole, comme n’importe quel autre ponte, a sa part dans les débats qui participent à la constitution d’une politique économique.
- Plus fondamentalement, on peut difficilement écarter d’un revers de main la question de la normativité de la science économique.

Sur le fond de la discussion maintenant, à savoir la gratuité et le désintéressement des artistes et des chercheurs (surtout des chercheurs, c’est plus mon rayon)

Non, il ne “suffit” pas de lire le repère de Benhamou et le fascicule de Menger pour se faire une opinion raisonnée sur la question! Et il n’est bien entendu pas nécessaire de les lire pour savoir qu’artistes ou chercheurs ne sont pas de purs esprits désincarnés, qu’eux aussi ont besoin de bouffer, et qu’en conséquence les champs de la culture et de la recherche sont justiciables d’une analyse économique. Ce n’est pas la question (pas plus que celle d’une quelconque spécificité de l’économie de l’immatériel).

La question est de savoir si la description de l’art et la recherche peut être épuisée par l’analyse économique. Maris et notre hôte Florent Latrive pensent que non, que l’analyse économique loupe quelque chose de fondamental, quelque chose qui aurait trait à la “gratuité” de l’acte scientifique ou artistique.

Léconomiste répond qu’il convient de ne pas pêcher par naïveté. Là c’est un peu court. L’idée défendue par Maris ou Latrive, pour être attaquée sérieusement, exige autre chose qu’un procès en naïveté et une référence à l’essai d’un sociologue qui ne fait qu’apporter une pierre (certes intéressante) à un débat qui n’est pas près d’être clos. Certains sociologues, avant Menger, s’en sont chargés, avec plus ou moins de succès.

Car l’idée que les chercheurs ne sont finalement que des capitalistes comme les autres n’est pas vraiment nouvelle (2) (Je suis bien certain que l’on devait trouver à l’époque des analyses équivalentes pour les artistes). Pour s’engager dans ce genre de débat, il est important de mettre de côté ses agacements. Je vais essayer d’en exposer les termes très (très, TRES) succinctement ici. Désolé d’avance pour le côté prof, on ne se refait pas…

L’idée que la recherche (je me limiterai ici à ce que je connais le mieux) constitue un marché d’un ordre particulier - un marché du savoir - est une idée fort intéressante développée en particulier par Hagstrom puis par Bourdieu. Elle fut approfondie (dénaturée?) par le courant de la sociologie constructiviste des sciences (Callon, Latour et Woolgar en particulier), qui adopte une posture hyperempiriste finalement assez proche de celle des économistes tenant pour illusoire ce qui échappe à la saisie immédiate de l’observation. La cible visée par ces derniers discours, c’est en particulier la thèse soutenue par Merton d’une science réglée par un ensemble de normes “teintées d’affectivité” : communisme, universalisme, désintéressement, scepticisme organisé (3). Ils seraient là , ces mythes dont il conviendrait de se défaire selon les sociologues hyperempiristes et une bonne part des économistes (4). Aujourd’hui, chez les sociologues, ce sont des auteurs comme Gibbons, Nowotny ou bien sûr Callon qui diffusent ce genre d’analyse (5).

Outre les (nombreuses) critiques d’ordre méthodologique qui peuvent leur être adressées (en particulier l’oubli du “temps long”), il faudrait garder à l’esprit un point fondamental : les mythes peuvent être nécessaire à l’organisation efficiente d’un système social. En deux mots, les mythes, et plus particulièrement pour la science les normes mertoniennes, peuvent être des idéaux régulateurs. Pour prendre un exemple que je connais bien, certains “mythes” voisins de ceux de Merton participent à l’organisation efficiente des collaborations entre recherche et entreprise (6).

Le discours de dévoilement des sociologues et des économistes peut alors être particulièrement pernicieux. Car en effet, sous couvert d’une description, ils participent ainsi à la construction d’une réalité qui finit par rejoindre leurs attendus théoriques et méthodologiques. En un mot (je suis de plus en plus succinct…), les discours économiques et sociologiques sont performatifs. Et c’est ainsi que les “mythes” constitutifs de la recherche et de l’art finissent par s’effacer progressivement, désorganisant progressivement les champs artistiques et scientifiques.

(1) Voir :
- Kuhn T. S., 1977, The Essential Tension: Selected Studies in Scientific Tradition and Change, Chicago, University of Chicago Press.
- Polanyi M., 1962, ” The Republic of Science: Its Political and Economic Theory “, Minerva, 1, pp. 54-74.
(2) Latour B., 1983, ” Le dernier des capitalistes sauvages. Interview d’un biochimiste “, Fundamenta Scientiae, 314(4), pp. 301-327.
(3) Merton R. K., 1973 [1942], ” The Normative Structure of Science “, in Merton R. K., The Sociology of Science. Theoretical and Empirical Investigations, Chicago, University of Chicago Press, pp. 267-278.
(4) Ce qui de leur part semble assez normal : l’hypothèse de rationalité constitutive de leur discipline rend en effet assez délicate la saisie analytique d’objet tel que des “normes teintées d’affectivité”.
(5) Callon développe des raisonnements très proches de ceux des économistes, je pense en particulier à son fameux papier “Is Science a public Good?” (Callon M., 1994, ” Is Science a Public Good? “, Science, Technology, & Human Values, 19(4), pp. 395-424). (6) Oui, je sais, c’est de la pub, mais vous pouvez tout de même jeter un oeil sur :
- Lamy E. et Shinn T., «L’autonomie scientifique face à la mercantilisation», Les Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 164, septembre 2006, pp.22-49.
- Shinn T. & Lamy E., 2006, “Paths of commercial knowledge: Forms and consequences of university–enterprise synergy in scientist-sponsored firms”, Research Policy–1476.

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EL,

aucun doute: dans les blogs, c’est bien souvent les commentaires le plus intéressant. Merci beaucoup pour ces éléments. Pour prolonger vos remarques sur le rôle des mythes, on notera que Thomas Paris évoquait celui du “génie romantique” dans le cas du droit d’auteur. En opposition, je me demande si le mythe du hacker (quasi mertonien, mais avec une touche anar) n’est pas, justement, un des moteurs de l’efficience sociale de phénomènes comme le logiciel libre.

Caveat EmptorÂ

#8 Laurent GUERBY on 12.02.06 at 12:29 am

Un peu de pratique dans ce débat jusque la bien théorique :) sur qui a le label “vrai” économiste qui “parle meilleur la science” :

http://guerby.org/blog/index.php/2006/11/19/129-inflation-et-transparence

leconomiste : “[…] Donc oui, il y a de nombreux acteurs qui, si la base de l’indice des prix à la consommation était connu, auraient un intérêt direct à manipuler cet incide.”

self : “[… ] Mais si on admet ton objection, alors que dire de la mesure de l’inflation aux USA ? Je suis curieux de ta réponse, tous des idiots de l’autre coté de l’Atlantique ? Est-ce que les résultats de l’UFC ont donnée lieu a une publication peer-reviewed ? Ou est-ce juste des bruits de couloir ?”

Pas de réponse à ce jour.

Sinon attaquer Bernard Maris est facile, il y a d’autres cibles bien franco-françaises bien plus robustes dans la catégorie.

#9 Adam S. on 12.02.06 at 1:21 pm

Je voudrais conseiller a leconomiste de laisser tomber ce débat de sourd.

Il est un scientifique et un expert dans un monde ou les experts sont discrédités et ou la science est mise sur le même pied que la magie et l’opinion de café du Commerce. Je pense qu’apres le come back du Créationnisme nous allons bientot revoir “La Terre est plate: Le Retour”.

Ce débat n’est d’ailleurs pas que Franchouillard, Krugman a écrit de nombreux articles sur le même genre de phénomène aux US, dont celui ci:

http://www.pkarchive.org/cranks/culture.html

A mon avis Krugman a, d’ailleurs, apporté sa pierre à la confusion depuis qu’il a abandonné l’économie, la vraie, pour le combat politique. Il fait toutefois une distinction que je trouve très pertinente entre Economiste Universitaires, scientifique sérieux, appliquant des méthodes scientifiques et reconnus par leurs pairs et les autres, que j’appellerais les Economistes Tout Court dont l’objectif, quelqu’il soit, n’est pas vraiment la recherche de la verité scientifique.

B. Maris est un Economiste tout court.

Je ne le connaissais pas jusqu’a il y a quelques semaines ou je l’ai vu a la télé dans un genre de “Ring des Economistes” ou quatre ETC débattaient, sans s’écouter, des grands problèmes du Monde. Un beau spectacle bien distrayant.
A un moment B. Maris a contredis un de ses interlocuteurs en affirmant vivement que les prix ne résultaient pas d’un équilibre offre/demande mais des coûts de production. Sans contradictions de la part des autres ETC.

La j’ai compris que (a) B. Maris s’était crée une niche littéraire, que personne ne lui disputerait car il faut bien que chacun vive et (b) que ses droits d’auteurs devaient être suffisants pour qu’il n’est pas à demander de devis a trois plombiers lorsque ses toilettes fuitent.
Dommage d’ailleurs car si il avait fait cette expérience il aurait compris que nous avions besoins de plombiers polonais, et aurais peut être modifié sa position lors du vote du TCE.

Ceci dit je ne vois pas pourquoi on se concentre sur lui; il n’est qu’un parmi tant d’autres et sa petite entreprise marche plutôt bien. B.Maris est une illustration vivante de pourquoi il faut être en faveur du Capitalisme et de la marchandisation du Monde.

Un jour peut être, lorsque les économistes se cantonneront à l’Université alors les gens comprendront ce qu’ils sont réellement. Le jour ou les Astronomes ont cessés de chercher à influencer le Prince, ou ne les a plus confondu avec les Astrologues.

#10 Fr. on 12.02.06 at 2:03 pm

Le débat ne peut pas s’arrêter. EL ne l’a pas cité mais il aurait aurait pu : ce débat est un exemple classique de boundary demarcation. L’analogie avec la médecine a d’ailleurs été faite plus haut.

Boundary-Work and the Demarcation of Science from Non-Science: Strains and Interests in Professional Ideologies of Scientists
Thomas F. Gieryn
American Sociological Review, Vol. 48, No. 6. (Dec., 1983), pp. 781-795.
Stable URL: http://links.jstor.org/sici?sici=0003-1224%28198312%2948%3A6%3C781%3ABATDOS%3E2.0.CO%3B2-B

#11 Fr. on 12.02.06 at 2:26 pm

Ma propre position, au passage, est que Libé ferait mieux de publier plus de Piketty et moins de Maris. Je ne trouve aucune satisfaction à être exposé à cette espèce de bouillie faussement anti-conformiste*, qui n’a aucune chance de susciter l’intérêt des non-convertis aux thèses débilitantes** de Maris.

À mes yeux, le personnage est l’équivalent fonctionnel de Pascal Salin.

* Faussement anti-conformiste parce que, comme leconomiste l’a déjà écrit de manières diverses et variées, la contestation de l’orthodoxie n’est pas du tout le domaine réservé d’une caste de sombres crétins dont les compétences économiques tiennent dans un ballon de Côtes du Rhône. Il suffit de puiser dans le réservoir des régulationnistes pour illustrer. Pour premier exemple, voir la controverse autour de l’économie des conventions, relancée par la publi d’Amable et Palombarini chez Raisons d’Agir l’an dernier mais dévelopée surtout dans les discussion papers disponibles sur le site d’Amable. Pour second exemple, voir les travaux d’Aglietta, Plihon, Lordon, Orléan… Les deux exemples mis côte à côte indiquent d’ailleurs que l’économie hétérodoxe est proprement schismatique.

** Débilitantes parce que la vulgarisation (qui est la seule raison pour laquelle on pourrait sauver Maris, mais j’insiste : pourrait) ne correspond au travail de simplification à outrance de Maris. J’aime bien faire passer le test des intentions aux thèses économiques : qu’est-ce qui justifie le fonctionnement actuel de l’économie mondiale ? Si la réponse de l’auteur est, en substance, la cruauté, le self-interest ou la démence pure et simple, le texte passe à la poubelle. Le test permet de discarder (je perds mon latin, pardon) Maris et Salin dans le même geste. À l’inverse, je doute quand Lordon essaie de me faire voter contre le traité constitutionnel européen, parce que ces arguments ont une portée toute autre.

De fait, Libération, en matière d’économistes, pratique l’éclectisme: des chroniques mensuelles ont été confiées à Thomas Piketty, Esther Duflo et Pierre-Yves Géoffard, notamment. Et, côté interview, outre Bernard Maris, et pour ne citer que celles pour lesquelles j’ai joué un rôle, citons Gary Becker, Daniel Kahneman ou encore Joseph Stiglitz. En revanche, il est vrai que nous avons zappé Pascal Salin (!): mais l’homme n’est pas en bon terme avec le journal depuis que nous y avons relayé la polémique sur les jurys d’agrég. Un procès (gagné par Libération) avait été intenté par PS.

Caveat Emptor

#12 Fr. on 12.02.06 at 2:38 pm

Dernier point : mes exemples ne sont pas assez variés. Voici un autre d’exemple d’économie non doxique dont le profil, les écrits et les dits teemoignent tous de son niveau d’excellence dans la discipline économique.

Jacques Sapir
- Profil EHESS : http://cemi.ehess.fr/document.php?id=414
- Publication pas vraiment orthodoxe : http://www.amazon.fr/Economistes-contre-d%C3%A9mocratie-Pouvoir-mondialisation/dp/2226134271
- Interview pas vraiment orthodoxe non plus : http://www.france.attac.org/spip.php?article1926

#13 kam on 12.02.06 at 7:32 pm

@ EL:
Je sais que vous êtes spécialiste de socio des sciences, mais … vous avez lu Latour??
Dire qu’il ne prend pas au sérieux les mythes, c’est quand même que vous ne l’avez jamais ouvert. Quelques pages de son livre sur les “faitiches”, ou bien L’espoir de Pandore, vous permettront de vous rendre compte que Latour prend beaucoup plus au sérieux l’idée de mythe que la pensée “critique” (qui, elle, se place bien sur le mode du dévoilement). Je m’arrête là , ce n’est pas du tout le sujet du post initial, mais vos remarques sur Latour demandaient à être contrebalancées.

#14 EL on 12.02.06 at 9:33 pm

@ Adam
François à raison, le débat ne peut s’arrêter, qu’on le veuille ou non. Ceci étant dit, je ne m’étais pas attardé dans mon commentaire sur le cas Maris, ma foi assez peu intéressant. Sur ce point je rejoins les opinions de Léconomiste, d’Adam et de François. J’ai donc préféré développer la question de fond.

Cependant, et j’insiste sur ce point, la faiblesse de la pensée Marisienne ne doit nous faire rejeter a priori la pertinence des questions qu’il soulève. C’est peut-être mon côté boy-scout - je crois plutôt que c’est mon côté scientifique, mais je m’impose un certain principe de charité face à n’importe quelle parole, j’essaye avant tout de la COMPRENDRE, d’en extraire ce qui peut faire sens. Je regrette que cette attitude soit si peu répandue. Mais il est vrai qu’il est toujours bien tentant de faire étalage d’esprit en forgeant quelques formules assassines. Violences des échanges…

@kam
Oui, j’ai bien lu Latour. Lu, relu, rerelu… Mais cette réponse ne fait pas un argument.

Je crois déjà qu’il y a un malentendu : ce que j’appelai “mythe” dans mon commentaire, ce sont en particulier les normes mertoniennes, et plus généralement les catégories de l’épistémologie classique, ainsi que les affects attachés à ces catégories. Si je les ai appelé des mythes, c’est parce ces normes et ces catégories sont visés par la critique latourienne (entre autres…). J’imagine que vous n’en disconviendrez pas.

Au delà de cette remarque, je voudrais m’attarder un instant sur ce que je crois être votre lecture de Latour. En premier lieu, je crois que vous sous-estimez la portée implicitement normative du discours latourien. Latour a ainsi forgé le néologisme “faitiche” pour moquer la métaphysique naïvement réaliste souvent associée à la notion de fait scientifique, souvent mobilisée dans les débats pour impressionner l’adversaire. Sur ce point je ne peux que lui donner raison. Mais dans ce geste ironique, Latour s’attaque à un mythe. Que celui-ci soit dispensable n’est pas le problème, la posture Latourienne reste ici celle d’une démythification. En second lieu, et plus fondamentalement, Latour s’inscrit dans la très ancienne tradition nominaliste, et je crois que vous en sous-estimez la portée de cette posture philosophique. Si Latour reconnaît l’importance des “mythes” évoqués précédemment, c’est précisément en tant que mythes, c’est à dire en tant que découpages contingents de notre monde, en tant que constructions. C’est en cela qu’il est légitime d’écrire que Latour rejette les “mythes” constitutifs de la science : il ne nie pas leur existence, mais leur nécessité.

Mais je dois admettre que la confusion est courante. Souvent je dois rappeler, même avec mon propre maître (j’aime assez ce terme désuet…), que non, Latour ne rejette pas l’idée d’une différence entre la science et le reste de la société, mais l’idée d’une différence nécessaire. Il reste que le constat de cette posture, ajoutée à sa dimension normative (qui se manifeste en particulier dans son ironie, mais est parfois explicite), justifie que l’on puisse écrire que Latour appelle à se défaire de tous ces “mythes poussiéreux”.

#15 kam on 12.02.06 at 9:52 pm

@EL
Merci pour votre réponse, avec laquelle je suis d’accord à une nuance près. En effet, Latour repousse ces mythes, mais je crois qu’il le fait davantage en tant que catégorie d’analyse : il y a d’autres choses à voir derrière. Pour terminer sur ce qu’il me semble un bon compromis, malgré les outrances de ses écrits, il a quand même permis aux science studies de voir et de décrire des phénomènes qu’elles avaient tendance à cacher.

#16 Fr. on 12.02.06 at 10:21 pm

… l’ironie finale étant bien que Latour finit par se détacher de tout, de la science, puis de la société, puis de la réalité. C’est ce qui me permet de classer Latour, ses collègues, Collins et Pickering dans une catégorie (je dis variété, comme pour les légumes, c’est de la déférence facile) de relativistes, et le strong programme dans une autre. La confusion sous une étiquette commune est récurrente mais fait inutilement du tort au relativisme empiriciste (Cette critique ne s’adresse pas à toi, Erwan : la séparation que je prône est implicite chez toi, quand tu choisis de centrer le chapitre 2 sur Korr-Cetina, Latour, Callon, Woolgar, Lynch etc.).

Désolé FL, nous sommes terriblement hors-sujet. Je réitère : Maris est imbécile, au sens propre – im becille, sans béquille. Ses propos ne s’appuient sur rien d’autre que le comptoir. La médiatisation de ses divagations est un vaste gâchis, car la cible de son discours (schématiquement, les conséquences néfastes de la globalisation) mérite l’attention (rejoinder à EL).

#17 On tourne autour du pot on 12.03.06 at 10:20 pm

“Sur la gratuité: rabattre sur le vocabulaire (â€?prix nulâ€? ou “gratuitéâ€?) ne change pas grand’chose au fond: la connaissance, la culture et l’immatériel en général répondent à des logiques très différentes du monde matériel.”

Une remarque : toute la question des “logiques très différentes” relative aux biens matériels est immatériels peut être abordée sans le moindre recours à la théorie économique relative en s’interrogeant sur la raison pour laquelle les biens et services produits tant par les journalistes que les enseignants et chercheurs d’université ne sont pas commercialisés comme des pommes de terre.

Après, on se posera la question de savoir quels biens ou services ne sont pas produits par le marché et pourraient peut-être l’être…

#18 éconoclaste-sm on 12.04.06 at 1:51 am

Bonsoir Florent,
Juste quelques mots en passant :
- pour avoir dit le plus grand bien de bouquins de Maris, je dois dire que j’en suis revenu et suis très déçu de l’évolution de ses sorties. Il y a, je trouve, une relation inverse entre la qualité de ses analyses et l’évolution de sa notoriété. Donc, pour moi, le fait qu’il n’ait pas de publis dans les revues à comité de lecture, n’est pas le problème.
- concernant Alexandre, il avait tout à fait approuvé ma note de lecture sur votre bouquin. Donc, finalement, c’est encore plus complexe que ça… ;o)
- le problème du vocable “économiste”, c’est que beaucoup de charlatans s’en emparent avec facilité, comme argument d’autorité. Ceux qui considèrent qu’on ne peut pas procéder ainsi sont donc souvent très attentifs etréactifs, comme l’économiste (j’ajoute que j’en fais partie et que je ne me suis jamais revendiqué “économiste”, mais “de formation économique”. Et même ça, ça commence à dater !). Dans le cas de Maris, il me semble qu’il n’est pas usurpé, même si on peut considérer que ça part en vrille petit à petit. Au final, il est vrai aussi que celui qui ne dialogue pas avec le main stream prend le risque de ne pas être audible (et je trouve ça normal). De ce point de vue, Maris dialogue de moins en moins avec la théorie dominante.
- enfin, j’espère sincèrement que les choses se goupilleront au mieux pour vous côté boulot.

#19 Boîte noire » Archive du blog » Les petites choses utiles du mardi, vol. 36 on 12.05.06 at 12:39 pm

[…] Cette colonne me laisse perplexe, avec une question : pourquoi les économistes, esprits au demeurant pas plus minables que d’autres, laissent les gourous, les charlatans, les plus mauvais d’entre eux parler au public ? Question formulée par Bernard Maris lui-même, si l’on suite le compte-rendu de son dernier ouvrage. Throwing stones at the glass house? Le débat sur ces questions semble se concentrer chez Florent Latrive. […]

#20 pvdg on 12.05.06 at 1:46 pm

Oui, le mot gratuit a de nombreux sens.

Il me semble qu’un chercheur (scientifique) travaille gratuitement en ce sens qu’il n’y a aucune mesure entre ce qu’il rapporte et ce qu’il touche. Une grande invention/découverte (laser, ADN…) peut générer des téra-euros de bizness, le chercheur reste toujours un “pauvre”, comparé au monde des affaires. Il n’y a pratiquement pas d econtr-exemple, dans la mesure où le chercheur-devenu-homme-d’affaire (type Greg Venter), en général, n’est plus un chercheur productif, plutôt un animateur pertinent.

Un footballeur, un acteur, un animateur de télé, un entrepreneur touchent des revenus proportionnés au business qu’ils génèrent. Donc, lorsqu’il y a mass-production (via vinyl, télé, web, Darty, Carrefour ou autre marché de masse), il y a couilles en or. Le chercheur, lui, touche son salaire et pas gand chose en plus. Il ne faut même pas compter sur la gloire ni la reconnaissance.

Vous connaissez le nom de l’inventeur du laser ? Du vaccin contre la variole ? Logique, ils ne roulaient même pas en Porsche.

#21 leconomiste on 12.05.06 at 7:05 pm

Certes, pvdg, mais le chercheur n’est pas non plus fortement pénalisé s’il ne trouve rien ou pas grand’chose. La recherche étant très incertaine, et ses applications pratiques (donc rentables) pouvant être reportées à un horizon très lointain (voyez l’écart de temps entre l’invention du laser et son application industrielle), les chercheurs préfèrent manifestement un système qui leur assure des revenus réguliers, modestes mais sûrs, à un système du type rémunération des artistes, caractérisé par une très forte rémunération de quelques-uns et une faible rémunération de beaucoup. C’est loin, très loin de l’idée que les chercheurs travaillent gratuitement. Au contraire, il bénéficie d’une assurance de revenu permanent (sécurité de l’emploi) inégalée.

#22 Fr. on 12.05.06 at 8:25 pm

Au passage, félicitations FL, ce post a suscité un des débats les plus intéressants que j’ai pu lire dans la blogosphère.

—-

Félicitations à tous les participants aux commentaires, surtout: je suis encore tout esbaudi d’avoir eu l’honneur d’accueillir ces réflexions sur ce blog…

Caveat EmptorÂ

#23 Caveat Emptor on 12.05.06 at 10:03 pm

A pvdg et léconomiste, une remarque en passant:

L’inventeur du laser, c’est Charles Townes, tout de même prix Nobel de physique en 1964. Le cas du laser est un classique du cheminement qui mène d’une recherche fondamentale à une application pratique. L’une des percées ayant permis cette invention est la notion d’émission stimulée pour définir la répartition spectracle du corps noir (1), avancée par Einstein en 1917. On notera aussi que Townes a tout à la fois publié sa découverte (selon le schéma habituel de l’académie) et breveté les premières applications,lorsqu’il était à l’université de Columbia. En théorie, il aurait donc dû être intéressé aux revenus qui en étaient tirés, mais je ne connais pas la fin de l’histoire -et je ne sais pas non plus quel type de voiture il affectionnait.

L’inventeur du vaccin contre la variole, Edward Jenner,était lui un médecin britannique et ses travaux furent subventionnés par le Parlement, après un vote (2).

Quant aux auteurs et artistes, si leurs revenus sont assis en “facade” sur le droit d’auteur qui les relie au marché, avec son côté loterie (forte concentration des revenus sur les stars, très faibles revenus sur une myriade de gens), d’autres sources financières existent, variables selon le type d’art pratiqué: commandes publiques, résidences, subventions, aides mutualisées via certains aménagements du droit d’auteur (25% de l’argent de la copie privée va au soutien du spectacle vivant) etc… On ne peut pas non plus gommer la pratique banale du “deuxième métier”, qui assure le pain quotidien.

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que nous sommes face, dans ces domaines, à un enchevêtrement de pratiques et de sources de revenus. Je sens que je vais me prendre un scud de léconomiste, mais j’ai tendance à penser que c’est plus généralement lié à la difficulté de financer les biens publics (au sens économique: non rivalité etc..) par le marché (au sens produits/propriété privée/prix, pas la tête, léconomiste, pas la tête..).

Caveat Emptor

(1) http://indispensables.over-blog.com/article-3113016.html
(2) http://en.wikipedia.org/wiki/Edward_Jenner, voir aussi “Economie de la propriété intellectuelle” (Lévêque et Ménière, La Découverte)

#24 blop on 12.06.06 at 12:15 pm

waouh…
Je suis impressione par la qualite du debat.
J’aurais presque envie de faire de la pub partout pour ce blog, mais non, ca finirait par attirer les trolls
Je me contente donc de bookmarquer
et j’attends la suite avec impatience

Tiens, je relance (comme au poker)
Je suis assez d’avis que le fond du probleme est la definition de ce qu’est un economiste (ou plutot de qui a le droit de se faire appeler “economiste”).
Il est des sciences ou le ticket d’entree est tres cher. Sans doctorat en physique, impossible de se dire physicien, mais une fois le titre acquis, personne ne viendra le contester. Il est des sciences ou le ticket d’entree est moins cher : Albert Jacquart ne se dit-il pas philosophe ? Mais cela se paye par un debat recurrent sur la qualite qu’a chacun a “en etre” ou pas.
Derriere le cas Marris, le debat est bien la. Et EL n’a pas a s’excuser de faire du hors sujet, je le crois en plein dedans.
Question (cette fois un peu plus a cote de la plaque) : comment les sociologues du programme fort definissent-ils leur propre demarche ? Ont-ils le regard critique, reflexif (comme Bourdieu dans son dernier bouquin) ?

Et puis pour les economistes. Le debat sur la gratuite me parait interessant. Dans quelle mesure est-il pris en compte dans l’economie orthodoxe ? Comment sont vus les travaux du MAUSS sur le don ?

Voili, voila.
Pour une fois que j’apprends quelque chose, autant continuer :-)

#25 leconomiste on 12.06.06 at 1:05 pm

Suis-je si violent que ça ? Je suis globalement d’accord avec ce que vous dites : l’enchevêtrement des rémunérations rend difficile l’appréhension des différentes sources de revenus. Cela donne aussi des éléments intéressants sur la valeur attribuée par les artistes à leurs différentes activités : que se passe-t-il quand les revenus de l’activité secondaire augmentent ? Expérimentalement, on constate que le temps passé à cette activité diminue. Elle a donc pour fonction d’assurer un revenu minimum. Il y a donc effectivement une culture de l’art pour l’art, mais de là à dire que les artistes travaillent gratuitement, offrant leur oeuvre au monde, il y a un pas que je ne franchis pas, surtout quand on voit comment les rémunérations s’envolent avec la notoriété.

Effectivement, le problème est proche de celui des biens publics, mais avec une différence notable. Dans le cadre d’analyse habituel, le bien public est produit par un agent unique (à l’échelle du problème considéré), pour beaucoup d’utilisateurs. Ici, la production est très décentralisée, et très hétérogène, avec en plus une difficulté à évaluer l’apport du bien public en question (voir les débats sur la programmation du Festival d’Avignon). De ce fait, il y a un mélange de mécanismes de subventions, de mutualisation et de marché dont les effets sont encore mal compris.

#26 leconomiste on 12.06.06 at 1:08 pm

PS : je suis content que, comme me le fait remarquer un cobureau, le débat de qualité se concentre ici. Cela permet de réfléchir mieux que les invectives sur les commentaires de mon propre blog.

#27 blop on 12.06.06 at 1:46 pm

Je viens de lire l’article de Nottale (reference dans le message principal sous le mot “derives”)
Euh…
Comment dire ?
“Jojo ivre mort au café du commerce” serait un peu exagere. Pis c’est deja pris…
Peut-etre “oui-oui au pays des revues scientifiques” serait plus approprie ?

Notre genie incompris (ah, l’univers fractal…) semble oublier quelques faits (pardon) dans son argumentation. Par exemple :
1. il est toujours possible de contester un avis negatif (on conteste rarement les positifs me direz-vous). Cela s’appelle “rebuttal letter” dans la langue de l’Empire. Ca ne garantit pas la publication mais ca marche parfois (j’ai un exemple tres recent sous la main). Les editeurs sont ouverts au dialogue. Cela leur permet aussi, eh oui, de faire le tri parmi leur referees (j’ai aussi des exemples concrets dans mon entourage direct).
2. beaucoup de revues proposent aux auteurs une black-list de referees. Encore une fois, aucune garantie que l’editeur ne prendra pas un referee dans cette liste, mais au moins est-il au courant d’un possible conflit d’interet.
3. les revues ont le regard fixe sur leur index de citations. Autrement dit, plus un article qu’il publie sera cite dans les deux annees a venir, plus un editeur est heureux. Je vous promets que cela ne desavantage pas les recherches originales, novatrices, avec de vrais enjeux fondamentaux, etc. Bien au contraire !!
Je pourrais commenter tout l’article mais je crains la perte de temps pour tout le monde.

Pour avoir ete chercheur en France et a l’etranger et avoir travaille dans de grandes collaborations internationales ou dans de petites equipes, je constate quand meme que le peer-review est tres mal accepte par beaucoup de francais (beaucoup plus qu’ailleurs en tous cas), ces genies que l’on bride en osant porter un regard critique, forcement court-termiste, sur les revolutions scientifiques qu’ils nous preparent pour le prochain millenaire. Je dois avouer qu’a force de l’entendre, ce discours finit par lasser.

#28 coco_des_bois on 12.06.06 at 3:30 pm

“le rôle même d’un marché est de permettre des transactions mutuellement profitables.”

LÃ j’avoue que je viens d’apprendre un truc ENORME … merci merci leconomiste !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

#29 Yvan St-Pierre on 12.07.06 at 10:57 pm

Salut les vieux cousins. Ici aussi dans nos quelques arpents de neige, il est encore à la mode, malheureusement, de réduire l’activité des économistes à la promotion des intérêts du grand capital (c’est toujours à ça que tout ces beaux débats s’abreuvent au fond, non?) J’avais pour ma part à peine feuilleté le premier tome du truc à Maris pour me faire une idée assez rapide, et je me rappelle n’avoir guère trouvé que de l’anti-néoclassicisme plutôt primaire. À lire les commentaires, je m’aperçois que ça ne s’est apparemment pas amélioré.

Il n’empêche qu’il faut tout de même faire une distinction entre le caractère discursif d’une discipline qui se sert d’abord des faits (des mesures empiriques, si l’on veut faire dans la dentelle) pour convaincre de la validité de ses énoncés (y compris jusque dans ses ramifications politiques), et la légitimité des valeurs épistémiques qui justifient que telle ou telle série de faits, soumise à une certaine cohérence théorique, soit ou non en mesure de nous convaincre.

Autrement dit, on peut défendre simultanément, il me semble, (1) que le discours économique se présente essentiellement comme une rhétorique construite autour de postulats implicites infalsifiables, y compris purement normatifs (voir les thèses d’un-e McCloskey par exemple, ou même retourner à Joan Robinson), et néanmoins (2) que sa capacité de convaincre tienne à sa conformité aux mêmes canons épistémologiques que toute autre science, liés à la fécondité des théories, leur cohérence interne, leur simplicité, leur pouvoir explicatif, etc. C’est ainsi que la rhétorique du Cambridge US (Samuelson) a pu battre à plates coutures celle du Cambridge UK post-Keynes, malgré la force critique de cette dernière: on n’avance en science qu’en remplaçant par mieux, pas juste en prouvant l’imperfection de ce qui existe déjà .

En ce sens, la rebellion anti peer-review, c’est pas juste un peu comme des homéopathes qui critiquent les tests en double-aveugle? Encore faudrait-il suggérer de meilleures méthodes de sélection des meilleures théories…

On répète pour la troisième fois: indiquer certaines limites du peer-reviewing n’implique pas de l’abandonner ou de le trouver médiocre. Je répète: on n’a pas trouvé mieux. Je répète encore: vous êtes ici plutôt en terre rationnelle, merci.

 Caveat Emptor

#30 Yvan St-Pierre on 12.08.06 at 2:33 pm

Toutes mes excuses alors. Je n’avais évidemment rien compris. Trois fois relire le Discours de la méthode pour pénitence. Sacrés cousins va.

Cher cousin,

 ma remarque concernait juste la partie de mon post sur le peer reviewing. Et à votre décharge, ce passage était clairement un peu outré. Je voulais juste, encore une fois, rappeler mon attachement à ce mécanisme -même s’il comporte des limites.

Bonne journée,

Caveat EmptorÂ

#31 Anne Hekdotte on 01.16.07 at 12:08 pm

Très intéressant ce débat.
Mais il ya encore une question qui me taraude et à laquelle
vous n’avez pas encore répondu : - Quel est le sexe des anges ?

Selon les économistes, les anges choisissent leur sexe en fonction de leur intérêt, et peuvent même en changer si les incitations sont modifiées. Selon les sociologues, c’est le regard de la société sur le genre qui définit le sexe des anges.

Bonne journée

Caveat EmptorÂ

#32 hudson on 07.31.08 at 11:18 am

Bonjour,

Je viens de regarder une petite vidéo sur la création de monnaie et ses conséquences… très très instructif.
A voir et revoir et diffuser largement…

http://video.google.com/videoplay?docid=2717439213901961611&hl=fr

Un jour on remettra l’homme au centre du problème et l’économie reprendra sa juste place dans l’armoire à outil.

#33 richy on 09.10.08 at 3:13 pm

Merci hutson vidéo explicative extraordinaire
pour ce qui est du sexe des anges, et autres théories baveuses fumeuses auxquelles vous-même n’avez rien compris, “ce qui se comprend clairement s’énonce clairement” gardez-les pour vous Messieurs les économistes et revenez donc aux fondamentaux comme Bernard Maris

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