Les profs gagnent 20% de moins qu’en 1982

Au moment même où un porte-parole du gouvernement fantasme un prof certifié émargeant à 4100 euros et où une candidate à l’élection présidentielle aimerait attacher les enseignants au radiateur de la cantine 35h par semaine, l’information est passionnante: les profs ont perdu 20% de salaire depuis le début des années 80. Je le répète pour tous les lecteurs pénibles (et de droite) qui ont du mal à accepter les chiffres: LES PROFS ONT PERDU 20% DE SALAIRE REEL DEPUIS LE DEBUT DES ANNEES 80.

Voilà donc la baseline, le slogan qui va déchirer votre cousin pénible (et de droite) lors de la prochaine engueulade familiale. L’argument bourre-pif qui va enrayer la litanie sur ces profs-feignasses (version UMP), sur ces profs -méritants -mais- quand – même – qui- pourraient -accepter -la -modernité (version PS) ou sur ces profs -qui -ont -quand -même -les -vacances (version consensuelle).

Pour plus de détails, on apprend par coeur la fiche technique: cette info est tirée d’un article des économistes Btissam Bouzidi (université de Cergy-Pontoise), Touria Jaaidane (Université de Lille) et Robert Gary-Bobo (Paris I), résumé sur Telos-eu. Ces trois chercheurs ont analysé les grilles de salaires des enseignants entre 1960 et 2005 et ont constaté que le traitement net des profs du secondaire et du supérieur avait grimpé de 40% en (salaire réel) entre 1960 et 1982, pour diminuer de 20% entre 1982 et aujourd’hui. La bascule correspond exactement au tournant de la rigueur sous le premier septennat Mitterrand.

Les trois chercheurs avancent plusieurs explications (chômage croissant, féminisation, démocratisation de l’enseignement), et proposent plusieurs implications (chute de la qualité du corps professoral, démoralisation) à ce phénomène, bien sûr. Vous pourrez tenir solidement pendant une bonne demie-heure face aux hoquets des pénibles (de droite).

PS: petit jeu pour nos lecteurs de droite. Pour trouver la nuance qui vous permettra de riposter en cas de provocation, il suffit de trouver dans l’article de Telos-eu le court passage qui correspond au titre choisi, apparemment sans aucun rapport avec le sujet: “Salaires ou loisirs: il faut choisir!”.

PS 2: Mes plus vives félicitations à l’éditeur de cet article sur Telos, qui est parvenu à extraire du texte un passage lui permettant de titrer social-libéral un article aussi incroyablement susceptible de réjouir n’importe quel archéo-socialiste.

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8 comments ↓

#1 Passant on 01.16.07 at 7:37 am

Peut-être ont-ils aussi 20% d’élèves par classe en moins depuis 1982 ? Auquel cas, à priori, la chose est équitable.

Je suppose pour autant que le constat ne convaincra personne de l’utilité de laisser les établissements d’enseignement recruter et rémunérer librement leurs enseignants ?

#2 marie france on 01.16.07 at 9:24 am

et non ils ont plus de 20% en plus! 40environ ds certaines classes (c clair les eleves en difficulltés coulent)
des horaires en moins (en 20 ans on a perdu 1ou2h de français et de2maths au college, des heures de langue en moins au lycée environ 1mn par eleve pr parler) > condenser
le but de recruter des enseignants librement est d’une part de virer les vieux qui revendiquent un programme national pr tt le monde (qd ce ne sera plus: le diplome ne vaudra rien sur le marché du travail) et ds l’esprit des reformes actuelles : des enseignants à tt faire et surtout moins enseigner pression enorme pr faire de l’animation cad occuper les eleves mais pas trop leur donner d’armes pr l’avenir(= bonne main d’oeuvre malleable à terme)
qd le programme sera local = autonomie des etablissements ( et donc dependant des etiquettes politiques) : pourra t on parler de qualité d’enseignement?
le modele anglais devrait nous faire reflechir……
les eleves ne sont pas des pieces de metal ds une usine!! les modeles de rentabilité n’ont pas à s’appliquer ds ce domaine !

#3 tadjou on 01.16.07 at 12:46 pm

Dans le premier degré seulement le nombre d’élèves a chuté de 10% (http://www.education.gouv.fr/stateval/)
Pour les autres secteurs le nombre d’élèves a augmenté durant ces 20 dernière années.

Quand bien même, en 1900 le temps de travail par semaine était de 70 heures, en 1950 50 heures, et aujourd’hui c’est en majorité 35 heures, théoriquement un peu moins pour le personnel enseignant. Dans le même temps, toutes les rémunérations (excepté celle des enseignants donc) ont augmenté.

Le niveau de rémunération est totalement décorrélé de la charge de travail.

#4 éconoclaste-sm on 01.16.07 at 9:27 pm

On n’osait pas faire de pub pour l’article. Merci ;o)

—-

Cher Econoclaste, on vous a connu plus critique, plus analytique et plus distancié sur votre blog. Serait-ce le sujet de l’article qui vous ferait perdre toute mesure? ;-)

 Caveat Emptor

#5 econoclaste-alexandre on 01.17.07 at 12:23 am

Pas sûr en fait que cela gène tant la droite. D’une part parce que sur la période considérée, il y a plus de temps de gouvernement de gauche que de droite, et le point de départ est une politique mise en oeuvre par la gauche, ce qui donne raison au théorème de l’électeur médian : tapez sur les gens qui voteront de toute façon pour vous, pour améliorer la situation de gens qui pourraient le faire. Surtout cela pourrait donner du grain à moudre à un Sarkozy qui proclame souhaiter d’avoir moins de fonctionnaires mais mieux payés. Il pourrait avoir beau jeu de reprocher aux syndicats enseignants d’avoir privilégié la réduction du temps de travail au détriment des rémunérations (en faisant comme le champion de titrage de Telos ;-) ). Il est en tout cas étonnant que cette étude ne sorte pas plus alors que des choses sans intérêt (comme le patrimoine de SR) se répandent.

#6 éconoclaste-sm on 01.17.07 at 8:46 pm

Caveat Emptor : bah, c’était un peu difficile pour moi qui avait allumé très récemment Copé pour sa connerie sur les salaires de fin de carrière des profs de remettre une couche comme ça. D’autant que malgré un retour dans nos pages, je manque encore de rythme pour faire du propre. Et sur un truc pareil, mieux vaut soigner la copie. Y a qu’à voir, Alexandre a finalement cité le document et le premier commentaire appelle implicitement à faire une synthèse de la moitié de l’économie de l’éducation. Misère…
Au passage, pour rebondir sur ce que dit Alexandre, ce texte est difficilement maniable. En ce qui me concerne, il me montre à quel point je suis éloigné de l’électeur médian que les syndicats de l’EN ont comme référence.

#7 Laurent GUERBY on 01.19.07 at 1:21 am

Je soupçonne qu’une partie des négociations salariales de la période a porté sur les retraites, ces “régimes spéciaux”. Si j’ai bon au final perte sur les deux tableaux pour ces fonctionnaires: salaire reel en baisse “assumée”, et la compensation retraite qui va disparaitre. L’article n’en parle pas sauf erreur, je ne suis pas sur de moi car je n’ai que de vagues souvenirs de l’époque (trop jeune). Il faudrait aussi voir d’autres pays.

Dur de négocier avec l’état.

#8 un prof on 02.22.07 at 7:59 pm

Prenez le temps de lire ce texte écrit par un prof, Laurent TARILLON, enseignant de sciences économiques et sociales à Grenoble

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