Cinq lames pour se poiler

Après les deux lames, les trois lames et les quatre lames, c’était inéluctable, nous y voilà , merci Gillette: le Fusion porte haut sur les placards publicitaires ses 5 (bien CINQ) lames pour couper les poils avec, bien sûr, toujours plus de confort. Mais sur ce coup là , on sent Gillette un peu coincé du marketing, comme s’il devenait difficile de fourguer aux consommateurs cette incroyable innovation consistant à rajouter toujours plus de lames à nos coupe-choux. Ce qui n’est pas surprenant, car cette course aux toujours plus commence à poser des difficultés de lisibilité.

•Primo, toute victime du marketing à poils le sait bien: une fois qu’on a ramené chez soi, dans un instant de faiblesse, un trois ou quatre lames hors de prix (parfois même planqué dans la vitrine à verrou du supermarché, à côté du champagne et du whisky), l’inconvénient de ce gros machin apparait vite. C’est très difficile de couper les poils sous le nez, autour de la bouche, voire entre les sourcils (pour les pauvres garçons frappés de l’inélégant syndrôme de la barre unique de sourcils au dessus des yeux).

Avec cinq lames, c’est évidemment pire. On imagine que ça devient même difficile d’envisager de se couper la moustache sans sacrifier le pif.

C’est là où l’on ne peut qu’admirer le talent de Gillette: puisque le 5 lames semble être adapté au rasage d’un gorille, il suffit d’ajouter une sixième lame toute seule derrière le rasoir, et de la baptiser “lame de précision”.

•Deuzio, il faut répondre aux angoisses existentielles des consommateurs: en quoi 5 lames, c’est mieux que 4? C’est une vraie question et personne ne se l’était déjà posée pour le 4 lames par rapport aux 3 lames. Encore une fois, saluons le brio de Gillette, qui n’hésite pas à consacrer un paragraphe entier à cette question dans la FAQ de son site de promo pour nous éclairer, nous les hommes.Le début de la réponse est troublant: “Nos nombreuses années de recherche nous ont prouvé qu’un bon rasage ne dépend pas uniquement du nombre de lames”. Ah bon, donc 5 et même 6 lames, c’est du flanby? Il semblerait bien car dans “un test indépendant mené par Stiftung Warentest en Allemagne” le Mach3 turbo (3 lames de Gillette) a écrabouillé le Quattro (4 lames de Wilkinson). Ah! Nous voila rassurés: le concurrent principal, Wilkinson, est nul en lames. Avec 3, Gillette fait mieux que lui avec 4. Et l’humilie en lui collant dans les dents un 6 lames bourré jusqu’à la garde de “technologies sophistiquées” pour un rasage qui déchire. Donc plus de lames, c’est mieux chez Gillette, mais pas chez Wilkinson. Trop fort.

PS: l’astuce marketing historique imaginée par Gillette, celle qui nous colle au porte-monnaie aujourd’hui avec les téléphones portables, les consoles de jeux vidéos, les machines à expresso et bien d’autres produits encore, c’est celle qui consiste à vendre pour un prix relativement modique l’engin de base (le manche) et pour un prix stratosphérique ses indispensables compléments (les lames).

Ajout du 27 janvier: en bonus, une pub de l’an dernier de Philips, se moquant d’un Quintippio à 15 lames…

[youtube]FV42I26tx2s[/youtube]

5 comments ↓

#1 François Granger on 01.20.07 at 2:18 pm

Heu, j’y connais rien, mais l’astuce marketing c’est pas Melitta à l’origine qui donnais le porte filtre et qui vendait les filtres en papier ?

C’est la même logique, mais il semble bien que l’utilisation à grande échelle de cette logique soit bien attribuée à Gillette, on peut lire l’article de Wikipédia sur le “Razor and blades business model”Â

Caveat EmptorÂ

#2 julien breitfeld on 01.29.07 at 6:11 pm

hilarant le 15 lames… ça me rappelle le “Willi waller toutaousensix” des tetes à claques et leur 14 économes pour le prix d’un seul.. http://tetesaclaques.tv/video.php?vid=30

a+

#3 Cobab on 01.30.07 at 12:19 pm

Moi j’utilise toujours un rasoir pour lames doubles, avec un trou de serrure au milieu, les lames des punks, ouais ouais, celles-là . On les trouve encore en magasin (touttite boîte avec un gros nemballage pour pas que tu les piques — mais on y arrive quand même), mais quand j’ai paumé le manche quelque part entre Saint-Étienne et Barcelone, je me suis rendu compte qu’on en trouvait lus. Mais alors plus ditouditou, nulle part. Un an j’ai passé avec les jtables qui t’écorchent la gueule avant de découvrir un double chez le daron de ma copine.

C’était trop pratique : une lame qui en valait quatre (successives !) il fallait absolument que ça disparaisse.

Cher Cobab, votre remarque manque de serviciel: où peut-on trouver ces fameuses lames de punks magiques? Et pourquoi ne pas créer un top business qui déchire autour de ce produit?

Amitiés et maximum respect au daron de votre copine,

Caveat EmptorÂ

#4 Éric on 02.06.07 at 6:29 pm

Tout celà est fort juste, mais moi voyez-vous ce qui m’inquiète le plus c’est le “point de singularité” qui va nous propulser dans le silence effrayant des espaces infinis dès 2015 !

Je cite :
>

Voir la totale sur l’excellent blog de Clive Thomson :
http://www.collisiondetection.net/mt/archives/2006/06/the_gillette_si.html

#5 Cobab on 10.15.07 at 2:54 pm

ah mais on les trouve partout les lames, grâcez à tous les vieux qu’ont gardé le manche. Par contre pour avoir un manche il faut hériter, voilà.

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