Nous sommes tous des Alain Duhamel

duham.gifAlain Duhamel suspendu par France Télévisions car, accrochez-vous à la souris, le garçon a avoué en public des sympathies bayrouistes. Pas trotskistes ni anarchistes. Pas lepenistes ni même ségolistes ou sarkozystes, chavistes, castristres, titistes. Surtout pas populistes. Le gaillard ne peut pas même être soupçonné de sympathies nonistes. Non. Alain Duhamel, le chroniqueur politique le plus omniprésent de France, est puni par Arlette Chabot car il a confessé devant quelques étudiants en novembre dernier qu’il allait voter Bayrou. Bayrou. Le bi politique le plus troisième homme de France. Le tiède ultra. Le plus petit dénominateur commun, le sans-vague, le seul homme politique capable de transformer un bon vieux repas familial d’engueulade politique en tea time somnifère.


Duhamel dit en public qu’il va voter Bayrou et le voilà au piquet au nom de “l’indépendance et de la neutralité” des journalistes. Car les journalistes sont indépendants et neutres et personne ne rit, merci.

Enorme. Dévastateur. Où s’arrêtera le service public dans sa quête de pureté politique après le départ de Marie Drucker pour cause de coucherie avec Baroin? Faut-il zapper un certain De Carolis pour son livre d’entretien bisou-bisou avec Bernadette Chirac? Arlette Chabot -qui elle-même n’avouera jamais jamais jamais qu’elle va glisser un bulletin Nicolas dans l’urne car c’est une vraie professionnelle- serait-elle la nettoyeuse du Journalisme de Service Public? La Marat de l’information objective?

Il faut le savoir: le journaliste peut faire des interviews de complaisance, des livres de complaisance, des JT de complaisance, des articles de complaisance. Mais le journaliste ne vote pas. N’a pas d’inclination politique. Ou alors doit les taire, les enfouir tout au fond de lui-même. Le journaliste doit choisir carte de presse ou carte d’électeur. Pas d’avis, le journaliste. Serpent froid de l’information. Neutre, toujours. Il peut écrire n’importe quoi (au hasard, oublier Ségolène Royal dans les prétendants sérieux à la présidentielle) mais n’a pas de préférence. Pas citoyen, le journaliste.

Halte là , Arlette Chabot!

Disons-le tout net. Carte de presse n°81597, j’ai par le passé voté Vert (ma famille politique de coeur), PS, LCR, et même PC un jour d’égarement aux régionales à cause d’un balourd socialiste qui ne donnait pas envie. J’ai MEME VOTE CHIRAC, j’ai honte, mais c’était comme ça, les mouvements de foules, tout ça, on voit le résultat: toujours cette foutaise de Vème république et rien ne bouge.

Là , tout de suite, si on me demande, je suis prêt à voter pour Dominique Voynet. Ou Ségolène Royal dès le premier tour si je flippe

Et moi aussi je peux voter Bayrou. Comme Alain. Même pas peur de le dire. Si Sarko se retrouve aux deuxième tour de la présidentielle face à Bayrou, je voterai François. Et j’aurais même moins de gêne à le faire que pour Chirac. Les journalistes votent et peuvent même parfois dire publiquement pour qui ils vont voter. C’est fou, ça.

Nous sommes tous des Alain Duhamel. NOUS SOMMES TOUS DES ALAIN DUHAMEL (en moins riche). Et c’est pas facile à lâcher, comme aveu, ce genre de truc. Mais là , tout de suite, je suis soulagé de le dire. Cette suspension d’Alain Duhamel est assez cocasse, mais totalement infâme.

PS: Arlette, s’en prendre aux vieux c’est vraiment pas joli joli.

Conflit d’intérêt: Alain Duhamel écrit dans Libé toute les semaines et je suis journaliste à Libé. C’est donc un collègue et me voilà corporatiste à donf’. A ma décharge, il est très très très TRES difficile aujourd’hui en France de bosser pour un média où Alain Duhamel n’émarge pas. Sauf sur France Télévisions depuis quelques heures. Arlette, embauche-moi, fais de moi un journaliste pur!

Ajout: maître Eolas rappelle que le journaliste est un être humain comme les autres et ne peut être inquiété pour ses opinions. Schneidermann, pour sa part, va voter Ségolène Royal, il en est presque certain.

2 comments ↓

#1 Florent V. on 02.16.07 at 5:09 pm

Ah, je commençais à me sentir seul, face à la presqu’unanime défense de la sacro-sainte neutralité des journalistes ! Ça fait plaisir. :)

À propos, mes deux centimes :
http://www.covertprestige.info/2007/02/16/108-chaque-fois-qu-un-journaliste

#2 Ricardo on 02.17.07 at 3:47 am

Pas besoin de de vos aveux pour savoir que vous êtes de gauche, puisque vous travaillez à Libération. En revanche, savoir que votre “famille politique de coeur”, c’est les Verts, et que vous avez voté LCR, cela va modifier le regard que je porte sur Libé en général et vos articles en particulier. N’êtes vous pas tenu à un devoir d’objectivité dans votre travail, devoir que vous ruinez par ce coming-out?

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Cher Ricardo, il se trouve que j’ai des amis qui votent à gauche au Figaro ou à à 20 minutes. J’ai même un ami plutôt bouffe-curés qui bosse à La Croix. Quelques journalistes de Libé ne cachent pas leurs sympathies pour la droite. Le journalisme, comme d’autres métiers, est une conviction ET un métier. On fait ce qu’on peut, au mieux, on cherche à plancher pour le titre qui correspond le plus à nos valeurs, sans toujours y parvenir. On cherche aussi -en interne- à bouger les lignes. Je n’ai jamais cru à l’objectivité ou à la neutralité des journalistes. En revanche, l’honnêteté, la curiosité, et l’exigence de précision de ceux-ci est cruciale. J’ai tendance à penser qu’un peu de transparence sur le “D’où tu parles, camarade” est aussi un élément d’information qui permet au lecteur de se faire une idée plus juste. Et “D’où tu parles?”, c’est notamment ce que tu votes. C’est aussi de publicisier les éventuels conflits d’intérêts liés à un article, comme je tente de le faire systématiquement sur ce blog.

 Caveat Emptor

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