L’intox de la réforme de l’impôt sur les successions

deathtax.jpgS’il est une mesure emblématique de l’intox Sarkozy, c’est bien celle-ci: la quasi suppression des droits de succession, promise et annoncée durant la campagne et dont la mise en oeuvre doit accompagner le pseudo “choc fiscal” dans les semaines à venir. Intox car la suppression de l’impôt sur les successions est une mesure archipopulaire, si l’on suit, par exemple, le sondage Harrisinteractive publié en mars dernier chiffrant à près de 86% (!) la part de la population soutenant ladite mesure. Alors même qu’elle ne serait, même dans la version allégée sarkozyste, qu’une mesure de plus favorisant les plus riches. Citons le mensuel Alternatives Economiques, qui rappelle le très faible poids de l’impôt sur les successions aujourd’hui, faible poids provoqué par la progressivité du taux, les abattements et les larges possibilités de dons défiscalisés avant le décès:

Contrairement à une idée reçue, l’impôt ne frappe qu’une faible part des successions : 90 % des transmissions entre époux et 80 % de celles en ligne directe ne sont pas imposées, selon un récent rapport de l’Assemblée nationale (2). Des successions qui, il est vrai, portent très majoritairement sur des montants limités : la moitié des actifs nets transmis est inférieure à 55 000 euros, et seul un dixième dépasse les 220 000 euros. Au final, les droits représentent 12,4 % de l’actif transmis en moyenne, un taux tiré vers le haut par les très grosses successions, plus fortement taxées, et qui pèsent très lourd dans le montant total des actifs transmis

Pour Sarkozy, cela ne suffit pas: il faut encore et encore alléger cet impôt-plume et exonérer “95% des successions”. Au nom de la “vie de labeur”, du “fruit du travail” et autres slogans bidons, bien sûr. On ne dira jamais assez à quel point ce choix politique en faveur des plus riches est un pur scandale, qu’il va accentuer de façon considérable les inégalités -déjà encouragées comme l’a montré l’économiste Camille Landais- dans les décennies à venir et permettre la multiplication des lignées à fort patrimoine. Dans un contexte où le prix du logement a explosé, s’interdire fiscalement de rétablir un minimum d’équité entre les citoyens est tout simplement immoral.

Le soutien massif à cette quasi suppression de l’impôt sur les successions ne peut s’expliquer uniquement par ses quelques défauts, comme les sordides histoires de conjoint survivant noyés dans les négociations avec le fisc au pire moment. Pour les abolitionnistes, il y a bien sûr le refrain moral, entonné sur l’air de “l’impôt sur la mort”, forcément odieux, la death tax, slogan que la droite ultra américaine a agité pour mener la charge. Il y a aussi de la méconnaissance de la réalité de l’impôt: frappant peu souvent (et heureusement), ses mécanismes en sont peu connus par les citoyens, tentés de le surestimer.

Mais il y a plus inquiétant: le soutien conscient et assumé à une mesure inégalitaire par des gens qu’elle ne favorise pas, avec l’idée qu’un jour, peut être, ils seront eux aussi du bon côté du fisc et profiteront des largesses sarkozistes. Ce dernier ressort est in fine le pire: il est le révélateur d’un cynisme qui ronge la société, où même les classes qui subissent une politique fiscale pro-riches se prennent à la trouver normale et n’aspirent qu’à détricoter toute solidarité. La relative mansuétude avec laquelle l’opinion a accepté les ronds dans l’eau maltais de Sarkozy à bord du Paloma de Bolloré est du même registre. Flippant.

Crédit image: Jdlasica sur Flickr.com, sous licence Creative Commons by-nc-s

9 comments ↓

#1 Al on 07.04.07 at 1:48 pm

Ouaip pareil, flippant.

#2 YR on 07.04.07 at 8:54 pm

Eh oui !

Mais c’est le genre de vérité qu’on a peu entendu PENDANT la campagne électorale…

#3 Passant on 07.04.07 at 10:42 pm

Encore aurait-il fallu pour qu’on l’entende pendant la campagne que Royal et ses gogols prépubères des désireux d’avenir y pigent quelque chose.

Mais pigeaient-t-ils quelque chose à quoi que ce soit ?

Putain de socialistes de merde….

#4 Caveat Emptor on 07.04.07 at 10:46 pm

Cher Passant,

je vous sens un peu amer. Il ne serait pas honnête de faire comme si cela n’avait jamais été dit. J’ai le souvenir d’avoir vu Thomas Piketty, ci-devant fondateur de l’école d’économie de Paris et Désireux d’avenir, s’être égosillé sur des plateaux TV pour rappeler ce genre d’évidence. En pure perte.

#5 coco-des_bois on 07.05.07 at 2:39 pm

Absolument flippant, c’est une bonne analyse des motivations qui ont fait voter des millions de gens contre leurs interêts, l’espoir de pouvoir un jour être du bon côté… réellement pitoyable, mais tout à fait encouragé par la droite.

#6 Passant on 07.05.07 at 7:02 pm

Ouaips, enfin bon : que l’électeur FN de base ne pige pas le Piketty en plané stratosphérique, ça, je l’admets.

Mais que Gogoletta s’abstienne même d’essayer de piger ce que tentent d’expliquer les plus instruits de ses plus fidèles alliés, là chuis désolé ça me coupe la chique.

#7 Jb on 07.05.07 at 11:48 pm

il n’y a pas 53% de riches en France, ça c’est sûr. Donc les pauvres votent “massivement” pour les riches.

#8 Fish on 07.06.07 at 12:38 am

Voici un très bon article en complément de celui-ci:
http://www.peripheries.net/article311.html
Bienvenue dans un monde de pré-riches…

#9 Dagrouik on 07.07.07 at 6:02 pm

Merci pour ce billet et ces infos, et pour informer le passant qui ne sait pas grand chose, oui Piketti en a parlé , mais bizarrement la TV n’a pas trop abordé ce sujet.
Oui, Ségolène Royal en a parlé dans ses meetings, là aussi pas trop entendu à la TV.

Le cynisme d’un coté , et la moquerie de certains : belle morale pour cette campagne.

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