Pourquoi ne parle-t-on jamais du “trou” de la Sécu en pourcentage?

doctor.jpgC’est un trou qui était prévu à 8 milliards. Il devrait finir l’année à 12 milliards, selon la Commission des comptes de la Sécu. Enorme! Abyssal! Colossal! Le gouvernement balance un plan d’économies en urgence. L’opposition hurle au sabotage.

Mais pourquoi parle-t-on toujours de ce fameux “trou” en valeur absolue? Parle-t-on du déficit du budget de l’Etat ainsi? Non: on le chiffre toujours en pourcentage, ce qui est tout de même le meilleur moyen de prendre la mesure d’une balance recettes/dépenses sans dire n’importe quoi. Car 12 milliards d’euros, évidemment, à part sortir ma calculette et dire que cela représente 2,4 milliards paquets de cigarettes, cela ne m’évoque pas grand’chose.

Si le compte bancaire de Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance de Vivendi, est dans le rouge de 800 euros en fin de mois, c’est 0,5% de son salaire (hors stock options). Le même “trou” pour un smicard, c’est 80% de son salaire. Alors 800 euros: énorme? Abyssal? Colossal?

Quand l’Etat Français dépense 5 milliards, c’est 1,5% de son budget. La même dépense pour le Sénégal, c’est… 250% de son budget, 2,5 fois ses dépenses en 2006.

Et la Sécu là-dedans? 300 milliards de budget pour 2007, 12 milliards de besoin de financement manquait. C’est donc… 4% de déficit. Enorme? Abysal? Colossal? Clairement non. Mais pourquoi ne voit-on jamais ce chiffre nulle part? Serait-il trop rassurant? Pas assez énorme, abyssal, colossal? Tous ces milliards balancés à longueur de dépêches et de communiqués d’hommes politiques doivent ils faire peur aux enfants?

Question subsidiaire (avec appel à l’intelligence collective d’éventuels économistes de passage par ici): le déficit du budget de l’Etat français en 2006, c’est 42 milliards d’euros sur 334 milliards, donc… 12,5%. Bien plus que le budget de la Sécu. Or lorsqu’on évoque les comptes publics, on affiche toujours cette fameuse barrière des 3% maxi inscrits dans les traités européens et qui, si je ne me trompe, se réfèrent au… PIB, donc à la production de richesse nationale, pas à un budget. C’est fait exprès pour embrouiller les contribuables (et les journalistes), ces conventions?

PS: Sur l’exploitation politique des comptes de la Sécu, on lira le “mythe du trou de la Sécu” de Julien Duval.

Crédit photo: superturtle sous licence Creative Commons by

8 comments ↓

#1 Fred Bird on 07.05.07 at 9:36 am

Alors ça pour une nouvelle… voilà une donnée que je vais garder consciencieusement dans ma besace, je sens que ça va me servir un jour ou l’autre.

P.S. Ma fille a cette boite de lego ! Je la reconnais !

#2 ec on 07.05.07 at 4:32 pm

Les 3% du Pib se calculent pour les administrations publiques càd Etat (déficit budgétaire) mais aussi sécu et collectivités locales.

#3 Caveat Emptor on 07.05.07 at 9:39 pm

@ec
De fait, les fameux 3% se référent effectivement à la sphère publique en générale (Etat, sécu et collectivités), le tout comparé au PIB. Encore une convention qui doit bien avoir une explication…

#4 VS on 07.13.07 at 4:44 am

Ce qui est énorme et colossal, c’est que le budget de la Sécu soit de 300 milliard contre 334 milliards pour l’Etat.

M’enfin bon: vous avez raison, il ya clairement une volonté culpabilisatrice derrière tout ça.
Ce qui me révolte le plus, c’est la façon dont l’Etat puise dans les caisses de la Sécu dès que c’est possible.

#5 pH|Re on 09.02.07 at 10:10 am

Et surtout on parle toujours du “trou” de la sécu.
Hors si je vais au fond de mon jardin et que je fais un trou, qu’est ce je j’ai à coté du trou ? un tas !
Pourquoi on ne nous parle jamais du tas de la sécu ?

#6 Cobab on 09.05.07 at 6:02 pm

parce qu’il s’appelle tas des labos pharmaceutiques

#7 Cobab on 09.06.07 at 12:19 pm

12 miyards, tu dis ? Je viens d’entendre sur Rance intox que la BCE injecte 43 miyards pour « apaiser les craintes des marchés financiers » suite à la crise du surendettement immobilier étasunien…

#8 Caveat Emptor on 09.07.07 at 8:54 pm

Cher Cobab,

au risque de jouer les pisse-froids, on ne peut pas comparer les deux sommes: les 43 milliards injectés par la BCE pour “rassurer” nos camarades marchés, c’est sous forme de prêts. Pas un don cadeau tout cru.

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