Etats-Unis: les brevets coûtent plus qu’ils ne rapportent

Les brevets sur les médicaments sont accusés de bloquer l’accès aux traitements dans les pays du Sud; ceux sur les logiciels de freiner l’innovation… Les critiques adressées au système des brevets sont nombreuses et la plupart pointent les dérives d’un mécanisme qui peine de plus en plus à concilier intérêt général de la société et intérêt privé des titulaires de brevets. Mais jusque là, il était un reproche que peu de gens faisaient en bloc au système des brevets: celui de ne pas être bénéfique aux entreprises elles-mêmes. Après tout, quand une firme obtient un monopole de 20 ans sur une invention, aussi futile soit-elle, elle peut escompter la monnayer et en tirer des revenus. Surprise! Il semblerait que cet argument ne tienne pas non plus, car il ne prend pas en compte le coût important (et croissant) des conflits juridiques liés à la propriété intellectuelle.

C’est ce qu’affirment les économistes James Bessen et Michael Meurer, dans une série d’études qui alimentent un livre (Do patents work?) à paraître en 2008. Un excellent article du New York Times synthétise le débat. L’argument utilisé par Bessen et Meurer est simplissime: le coût pour les entreprise des procès concernant les brevets (pour faire valoir leur droit ou lorsqu’elles sont accusées de contrefaçon) dépasse les revenus qu’elles en tirent. En 1999, les firmes américaines ont ainsi encaissé 9,3 milliards de dollars de revenus grâce à leurs brevets. Mais elles ont dépensé 16 milliards de dollars en procès. Et cette situation a empiré entre 1997 et 1999, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, réalisé à partir des données de Besssen.

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Bien sûr, ces résultats “macro” ne donnent pas toute la réalité de la situation, très différente dans la pharmacie ou dans l’automobile, dans les PME ou des les multinationales. Il y a des gagnants et des perdants, comme dans toute loterie. Comme bien souvent en matière de propriété intellectuelle, il convient de regarder finement et secteur par secteur pour en tirer des conclusions politiques et des pistes de réformes.

Mais surtout, comme pour toute étude économique, les hypothèses sur lesquelles Bessen et Meurer s’appuient sont au coeur des résultats obtenus. Et le fait de ne compter que les revenus monétaires privés des brevets pour évaluer le système est discutable, surtout si l’on estime que les brevets sont moins destinés à “récompenser” les inventeurs qu’à les inciter à mettre sur le marché des innovations bénéfiques pour la société toute entière. C’est la remarque faite par l’universitaire John Duffy. Mais une remarque qui se renverse aisemment: dans de nombreux cas (les médicaments, les logiciels, la privatisation d’une part de la recherche publique), il devient de plus en plus probable que les brevets diminuent justement la richesse sociale au profit du seul profit privé. On retombe sur l’éternelle question de la propriété intellectuelle: comment dessiner les lois pour que l’équilibre optimal soit atteint?

En attendant des études plus complètes ou plus fines capables de nous éclairer sur ce point, on ne peut que suivre le constat de Bessen: le système des brevets est excellent pour doper l’économie…. des cabinets d’avocats.

1 comment so far ↓

#1 moz on 08.10.07 at 2:49 pm

repris du site http://www.patentlyo.com (il s’agit dun commentaire sur un article qui présente également les travaux de ces auteurs):

“Lipitor, which is designed to lower cholesterol, totaled $10.8 billion in 2004 sales, the first drug ever to surpass $10 billion. Deutsche Bank projects Lipitor sales will grow to $14.2 billion in 2007 if Pfizer successfully holds its patents, translating into annual earnings of $2.54 per share. But if Pfizer loses, it could face a $8.6 billion plunge in annual sales by 2007, most of it in U.S. revenue, resulting in annual earnings of $1.64 per share, according to Deutsche Bank. Bernstein’s projections for Pfizer are similar.”

Link:
http://www.forbes.com/sciencesandmedicine/2005/10/11/pfizer-lipitor-patent-cx_mh_1011pfizer.html

Now the drop of $8.6 Billion in sales is presumably almost entirely, if not entirely, a loss in profits to Pfizer because it can no longer charge a higher price for Lipitor in virtue of a patent.

But, of course, the $8.6 Billion is essentially equivalent to the projected $8.4 Billion in profits stipulated in the Meurer and Bessen article. While the Meurer Bessen figure is for 1999, and the $8.6B was projected for 2007, that should have little impact on the comparison.

But here’s the absurdity: the $8.6B represents the value to one company for one drug on one patent. The projected $8.4B supposedly represents the TOTAL profits of ALL patents for ALL companies in the United States according to the mathematical model of Meurer and Bessen.

I simply ask, how can this analysis be anything but a sham, given how it fails even the most obvious sanity check?

I repeat my earlier point: I can see no way that an economist could come up with figures like this, as absurd as they are on their face, unless they were driven entirely by ideology up front.

This “analysis” looks less and less like scholarship to me, and more and more like propaganda

je me pose les mêmes questions

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