Cache directory "/space/www/node1-5/gl-ouv/3/1/3107061023343938/web/ouvaton.org/caveat.ouvaton.org/html/wp-content/plugins/ttftitles/cache" is not writable.Pourquoi la réforme de la santé aux Etats-Unis nous concerne tous

3585180100_012bdb8b86_mC’est la mère de toutes les réformes d’Obama, celle qui signera notre entrée -ou non- dans un nouveau monde. La réforme du système d’assurance-maladie américain, celle-là même sur laquelle Bill Clinton s’était planté en 1993 , concerne les Américains, bien sûr, et au premier chef les dizaines de millions d’entre eux qui ne disposent d’aucune couverture. Mais elle nous concerne tous, car sa réussite -ou son échec- démontrera si la crise financière a fait sortir des esprits, y compris aux Etats-Unis, le mythe de l’efficacité du marché et de la concurrence privée.

A ma gauche, dans le camp Obama, tous ceux qui veulent enfin mettre à niveau le système américain: l’un des plus chers du monde et qui laisse près de 17% des Américains sans assurance-maladie. A ma droite, tous ceux (Républicains, Démocrates félons, assureurs, laboratoires pharmaceutiques..) qui veulent maintenir le système en l’état: tout au privé, concurrence entre assureurs, liberté pour tous de crever sans soins.

Et au milieu, les américains eux-mêmes, à qui l’on a répété pendant des années que l’initiative privée était le Bien et  le gouvernement le Mal, que Luke Skywalker adorait le marché et la concurrence et que Dark Vador n’était autre que Lénine portant un masque noir.

La santé, preuve des dangers du marché

Or, s’il y a bien un domaine où la concurrence et le privé tous azimuts n’ont pas leur place, c’est bien la santé. «Dans le domaine des soins de santé, le marché libre ne fonctionne tout simplement pas», constate l’économiste Paul Krugman. A ce titre, les Etats-Unis fournissent un (triste) terrain d’expérimentation grandeur nature, comme en manquent bien souvent les économistes. Pour l’Américain moyen, une seule solution pour être couvert contre les risques de santé: l’assurance privée, payée par son employeur ou directement de sa poche.

Dans le domaine des soins de santé, le marché libre ne fonctionne tout simplement pas (Paul Krugman)

Le résultat? 46,8 millions de personnes non-couvertes. A la merci du moindre accident, s’interdisant d’aller chez le médecin quand ils soupçonnent quelque chose. Et conduits à la faillite personnelle en cas de pépin majeur. De plus, ce système coûte atrocement cher (plus de 15% du PIB contre 11% pour la France, pays déjà parmi les pays les plus dispendieux).

Deux exceptions à ce paradis néolibéral: deux programmes publics, l’un pour les plus pauvres (Medicaid) et l’autre pour les plus âgés (Medicare). On y reviendra.

La réforme Obama -ou plutôt celle qui pourrait sortir des négociations au couteau entre les élus- vise un objectif et un seul: la couverture (quasi) universelle. Et pour atteindre cet objectif, il est obligatoire d’en finir avec le fantasme du marché libre. D’où diverses mesures proposées: interdiction aux assureurs privés de sélectionner les risques (et donc d’exclure les “clients” les plus fragiles), mise en place d’un assureur public pour ceux qui ne voudraient pas recourir au privé, subventions d’Etat pour payer la couverture de ceux qui ne peuvent le faire eux-mêmes… On n’en est pas encore au single payer, comme la Sécu française, pourtant préconisé par nombre de spécialistes, mais tout est fait pour sortir de l’inacceptable situation d’aujourd’hui.

Les chars de Moscou à la Maison Blanche

obamasqueletteEt que se passe-t-il face à cette réforme de bon sens? Les assureurs privés inondent le débat de millions de dollars pour la faire capoter, les Républicains -et certains démocrates- se battent pour faire barrage à Barack Obama. Tout en jurant, bien sûr, qu’ils désirent eux aussi fournir une couverture santé à prix raisonnable à tous les américains. Tous les arguments foireux y passent: jouer sur la peur classique de tout ce qui a trait de près ou de loin avec le socialisme aux Etats-Unis en accusant Obama de vouloir soviétiser la santé, accuser le gouvernement de mettre en danger la santé des patients… Un Républicain, John Boehner, a même parlé d’un plan qui conduirait à euthanasier les plus vieux!

Au coeur du débat: le danger que représenterait l’irruption de la gestion publique dans le système de santé. A tel point que certains opposants à la réforme, sans doute un peu trop chauds, ont accusé Obama de vouloir “nationaliser Medicare”. Raté. Medicare, comme on le signalait plus haut, est justement un système d’assurance-maladie public, mis en place sous la présidence Johnson en 1965 pour aider les plus âgés à s’assurer alors que le privé ne voulait pas d’eux.

Plus intéressant encore: les frais de gestion et d’administration de Medicare s’élèvent à 2 ou 3%, contre 20 à 30% pour les assureurs privés. Normal: outre les frais de marketing et de pub, les assureurs privés dépensent beaucoup d’argent à traquer la fraude et, surtout, à sélectionner leurs clients en fonction de leur profil de santé…  Encore une preuve que la gestion privée peut se montrer bien moins efficace que la gestion publique. A titre indicatif, en France, la branche maladie de la Sécurité sociale dépense 3,5% à 4% des sommes distribuées pour ses frais de gestion (la source est ici, on peut regarder page 230).

La réforme Obama du système de santé américain n’en est qu’à ses premiers pas: les débats doivent reprendre à la rentrée et son avenir ne sera pas seulement important pour les Américains ou pour la suite de la présidence Obama. Il sera aussi un signal fort de la capacité d’un monde post-crise à se débarrasser, enfin, des mythes dangereux sur l’effiacité omnipotente du marché et de la concurrence.

Crédit photo: la petite fille qui fait la tronche a été prise lors d’une manifestation en faveur de la réforme Obama à Seattle. Elle (la photo) est couverte par une licence Creative Commons by-nc-nd.

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8 comments ↓

#1 Trictor on 08.03.09 at 1:19 am

Merci pour cet intéressant article, alors même que les médias semblent se désintéresser totalement de la question…

#2 PAC on 08.03.09 at 4:38 pm

Merci pour cet article. J’ai juste une petite question :

“les frais de gestion et d’administration de Medicare s’élèvent à 2 ou 3%, contre 20 à 30% pour les assureurs privés.”

- 2 à 3 % de quoi ?
- ça ne nous dit pas si la qualité du service est la même. Peut-être que les organismes privés sont bien plus proches du client, etc.

#3 Caveat Emptor on 08.03.09 at 5:19 pm

@PAC

il s’agit, comme pour le calcul que j’ai fait pour la Sécu, de 2 à 3% des recettes. Quant au service rendu, effectivement, la question reste ouverte mais à en juger par les témoignages des Américains eux-mêmes, elle n’est pas meilleure pour les assureurs privés que pour Medicare.

Bien cordialement

Florent Latrive

#4 mutuelle on 08.04.09 at 11:14 am

Merci pour cet intéressant article

#5 Killing Joke on 08.05.09 at 12:12 pm

Quand on constate comment votent les tranches d’âges les plus élevées, un plan permettant leur euthanasie serait-il si scandaleux que ça ???

#6 Caveat Emptor on 08.05.09 at 12:30 pm

@Killing Joke,

heureusement que votre pseudo est là pour rappeler qu’il s’agit d’humour ;)

FL

#7 Laurent GUERBY on 08.08.09 at 8:19 pm

Aux USA ce qu’on appelle “social security” est en fait le régime de retraite par répartition obligatoire et ne couvre pas la partie santé et autre qu’on retrouve dans la “sécurité sociale” française.

Le point amusant est que la droite bien pensante USA essaye de mettre le tout ensemble “social security, medicare, medicaid” pour montrer un deficit et couper la retraite par répartition, alors que comme le rappelle le CBO et Dean Baker la partie retraite par répartition aux USA est solvable pour au moins 60 ans (mais la retraite par répartition ne rapporte rien aux banquiers :) .

http://www.prospect.org/csnc/blogs/beat_the_press_archive?month=01&year=2009&base_name=wsj_editorializes_against_soci

Comme rappelé ici le coeur du problème aux USA est le cout du système santé ou en plus d’être déja les plus elevés du monde, le taux de croissance du cout de la santé aux USA est hors de tout controle.

#8 Mutuelles on 02.28.10 at 11:18 pm

Le système de santé aux Etats Unis nous concerne . Je me souviens du film John Q,Denzel Washington ne pouvait pas soigner sa fille car il n’avait pas de mutuelles.

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