Cache directory "/space/www/node1-5/gl-ouv/3/1/3107061023343938/web/ouvaton.org/caveat.ouvaton.org/html/wp-content/plugins/ttftitles/cache" is not writable.65 ans de l’AFP: des «journaux libres» à l’Internet libre?

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C’est une dépêche, la toute première de l’Agence Française de Presse, datée du 20 août 1944, il y a soixante-cinq ans exactement. Au moment où Paris se soulève contre l’occupant, un groupe de résistants-journalistes prend le contrôle de l’Office français d’information vichyste , et expédie cette dépêche, la numéro 1 de ce qui deviendra très vite l’Agence France-Presse, l’AFP.

Grâce à l’action des Forces Françaises de l’Intérieur, les premiers journaux libres vont paraître, à la veille de l’entrée des troupes alliées, dans Paris presque entièrement libéré.

L’agence Française de Presse leur adresse aujourd’hui son premier service.

(…)

Au moment où des combats se livrent encore dans la ville, et où tombent de nombreux combattants de la liberté, nous saluons tous nos camarades de la presse, disparus, emprisonnés et déportés et notamment nos 21 collaborateurs tombés dans les mains de la Gestapo.

Au service de tous les journaux libres, l’Agence Française de Presse assurera, avec l’objectivité stricte qui est le devoir d’un organisme d’Information, la diffusion de nouvelles scrupuleusement contrôlées et recoupées, qui, en attendant l’installation d’une censure militaire, ne doivent en rien gêner la marche des opérations sur différents fronts.

65 ans plus tard, l’AFP, tout comme d’autres grandes agences telle l’Américaine Associated Press, est encore un soutien indispensable de la plupart des journaux. Par la qualité de ses journalistes, par l’ampleur de son réseau mondial de correspondants. C’est plus que jamais un pilier indispensable de l’écosystème de l’information, dont l’histoire et la mission sont encore lisibles, notamment dans le statut particulier de l’agence et son mode de financement, destinés à la mettre à l’abri des pouvoirs -politiques et économiques. “Au service des journaux libres”

Mais les “grossistes” de l’information ont eux aussi été chahutés par l’Internet. Poussées à trouver de nouveaux marchés, à s’adapter aux nouvelles technologies, les agences ont revendu leurs fils aux grands portails, et l’on trouve désormais de la dépêche au kilomètre sur Orange, Yahoo et -évidemment- sur la plupart des sites de médias, presse écrite et audiovisuelle mêlée.

A l’origine fournisseurs d’information brute aux professionnels, les agences se retrouvent en concurrence directe avec les “journaux libres”, justement. Tout à la fois ennemis et clients, associés et concurrents, comme le prouvent certaines crispations publiques, mais surtout de nombreuses négos tendues plus privées entre les médias et l’AFP. Ou comme le démontre l’agressive réflexion statégique sur son avenir de l’Associated Press -une coopérative destinée à l’origine à mutualiser la coûteuse couverture internationale des journaux américains.

Sans le vouloir, à l’aveuglette, les grandes agences ont trouvé une nouvelle place dans l’écosystème de l’information numérique. Une place nécessaire, au milieu des blogs, des flux twitter, des portails et des sites de médias. Mais une place bancale et, surtout, aussi peu pérenne économiquement que l’est celle des médias classiques.

“Au service de tous les journaux libres”, encore aujourd’hui, l’AFP?  “Au service de l’Internet libre”, bien sûr. Mais à condition de se poser sereinement et collectivement la question de sa mission renouvelée, de son rapport aux autres médias et, plus généralement, à l’Internet. L’AFP ne doit pas devenir, par inertie ou lâcheté politique, un simple média parmi d’autres, engagé dans des stratégies alambiquées de contrôle de sa “propriété intellectuelle”, ce qui est la direction prise par l’Associated Press. A ce titre, la volonté affichée du gouvernement français de changer le statut de l’Agence pour la rapprocher d’une entreprise capitalistique classique semble éloigner la perspective d’une réflexion pourtant devenue cruciale.

D’où tu parles camarade? Journaliste à Libe, en charge de LibeLabo.fr, et donc à ce titre totalement immergé dans le tsunami des médias aujourd’hui.

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3 comments ↓

#1 julienb on 08.19.09 at 6:26 pm

pour ma part, à l’ère de l’internet libre, et du fait que c’est l’Etat (jusqu’à présent) qui soutient financièrement cette autre forme d’éducation et de culture, j’aimerai que l’AFP se transforme en journal, gratuit, et accessible à tous. la valeur des journaux se situerait alors dans “l’autre regard” sur l’actualité, ou les sujets de fonds.
quel intérêt des torchons comme 20minutes, où l’info (comme dans l’industrie musicale ou cinématographique) est payée une première fois par la subvention publique, puis une deuxième fois par le consommateur, sous forme de pub ou au prix de vente?

#2 Caveat Emptor on 08.20.09 at 12:36 am

Julien,

oui pour ta proposition, sur le papier. Mais il faudrait en passer par un choix politique affirmé: étatisation complète (ou, sans doute plus souhaitable pour éviter une agence d’Etat, mutualisation obligatoire à 100% du financement) de l’AFP.

Aujourd’hui, l’Etat paie grosso modo 40% du coût de l’AFP via ses abonnements, le reste étant les recettes des médias-clients & concurrents tout à la fois.

Par ailleurs, ces médias que tu décris comme devant se concentrer sur “l’autre regard”, en complément de l’AFP, sont eux-mêmes très lourdements financés/subventionnés par l’Etat: TVA à taux réduit, fonds divers (et absurdes) etc.

Toutes ces aides peuvent être considérées comme légitimes, mais sont aujourd’hui la simple résultante d’arbitrages de politique et de lobbying d’opportunité.
Certainement pas le résultat de choix politiques conscients.

La seule question -ouverte- que je pose dans ce billet est celle d’une nouvelle définition claire et ambitieuse de l’AFP, de ses missions et de ses financements. Ce qui passerait aussi, utopiste que je suis, par un redécoupage ad’hoc des aides à la presse.

Personne ne veut de cette remise à plat, dans les milieux concernés, par peur (légitime) de bousculer des équilibres fragiles. C’est une absurdité qui ne sera résolue que par un débat public et démocratique ouvert. Rendez-vous en 2045?

#3 julienb on 08.21.09 at 2:16 pm

comme tu dis, la peur et le conservatisme ne font qu’un. on préfère réfléchir via des états généraux et des grenelle, au fait qu’il est urgent d’attendre, ou de saupoudrer encore des aides (la dernière sur le statut de la presse en ligne) à des moribonds.
dernièrement dans le nyt je crois, je lisai un papier sur murdoch et sa volonté de faire payer ses journaux internet, à commencer par le daily mirror. l’article finissait en point d’interrogation sur la stratégie, en disant que de toutes façons, l’internaute trouverait les mêmes infos gratuitement sur le site de la bbc :D
crise de la presse ok, mais laquelle : pour ma part, je lis Courrier International, Le Canard, qui se portent très bien. Et aussi XXI et Books, que quelques courageux inconscients ont lancé alors que le web tue la presse….

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