La taxe Google, symbole cache-misère

googleAprès Libé, via Laurent Joffrin, voici donc le Monde qui prend parti dans un éditorial en faveur de la taxe Google, taxe “juste” annonçant une “révolution culturelle” pour les utilisateurs du Net et -enfin!- la “justice” pour les “auteurs et artistes”. Wow. La dope servie aux éditorialistes semble de très bonne qualité, tant cet enthousiasme apparait démesuré, voire délirant.

Passons sur les raisonnements branlants de l’édito (“Google rend les contenus gratuits”). Passons itou sur l’aspect “rustine” de ladite taxe qui vise à compenser l’absence destructrice d’harmonisation fiscale et sociale de l’Union européenne par une drôle de taxe déclarative afin d’aller puiser dans les caisses d’un Google abrité en Irlande, là où le fisc est plus vert.

Il n’est surtout nulle part question, dans le rapport Zelnik qui la propose, que cette taxe soit une source de revenus supplémentaires pour les artistes et créateurs. Elle vise simplement à compenser dans le budget de l’Etat une série de dépenses en faveur des industries culturelles, et notamment la carte jeune musique ou l’extension du crédit d’impôt pour la production musicale. Si ces dépenses auront -c’est le minimum- pour effet indirect d’assurer quelques rentrées à la filière, on ne trouve pas là trace d’une nouvelle ligne de recettes susceptibles d’apporter un revenu pérenne et conséquent aux créateurs. On taxe la pub, et on subventionne la vente de musique. Il ne s’agit pas là de rémunérer la filière sur la base d’une nouvelle circulation des oeuvres et de nouveaux partages de la valeur ajoutée, mais d’instaurer un micro-bricolage fiscal, tout en continuant, via Hadopi, la guerre au public et à ses pratiques de partage sur les réseaux. D’autant que le produit de ladite taxe s’annonce ridicule, “une dizaine de millions d’euros par an”, selon le rapport Zelnik. La seule redevance pour copie privée, prélevée sur les supports vierges du CD à l’ipod, a rapporté 174 millions d’euros en 2008.

Nous voilà bien loin du montage proposé par la licence globale ou la contribution créative. Ces mécanismes ont au moins le mérite d’associer directement le partage gratuit des oeuvres sur le Net à une rémunération pour les créateurs -via leurs sociétés de gestion collective. Et ambitionnent de lever plusieurs centaines de millions d’euros.

“Juste”, la taxe Google? La vogue du Google bashing aveugle ses promoteurs: si la cible -les firmes profitant de la circulation large des savoirs et de la cuture sur le Net- est la bonne, sa mise en oeuvre et sa mécanique sont à la limite du grotesque. Sauf à considérer que la justice doit se contenter de symboles, elle ne règle rien. La conséquence de l’obstination des gouvernements à ignorer les pratiques de partage culturel du public est toujours la même: misère pour les créateurs et répression pour les internautes.

Crédit image: Keso sous licence Creative Commons by-nc-nd

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10 comments ↓

#1 Tweets that mention La taxe Google, symbole cache-misère — CAVEAT EMPTOR -- Topsy.com on 01.09.10 at 1:26 pm

[...] This post was mentioned on Twitter by Alex Hervaud and Florent Latrive, Aurélie B. Aurélie B said: RT: @latrive: La taxe Google, symbole cache-misère (Caveat Emptor) http://bit.ly/728b5m [...]

#2 Motofix on 01.09.10 at 10:17 pm

Mise en oeuvre grotesque, oui, mais surtout difficile sans remettre en cause, une fois de plus, la neutralité du net. Je ne pense pas que le gouvernement nous dira se contenter des chiffres fournis par les sites visés, et au contraire se servira de cette trop belle occasion de pouvoir surveiller qui fait quoi sur la toile…

#3 AJ on 01.10.10 at 11:36 am

Encore une sarkorinade idiote.

http://wp.me/pERCo-ux

#4 OrangeOrange on 01.10.10 at 1:29 pm

Sarko veut faire cracher Google: il a une (petite) chance ?

C’est la question du sondage posté sur Pnyx.com

La réponse est clairement NON, si l’on en croit la presse anglo-saxonne, qui se marre, considérant que Paris est un nain face au géant de Mountain View (145 Milliards de dollars de capitalisation boursière), que vouloir faire payer à Google le déclin de l’influence culturelle française est un peu gonflé et que de toutes façons, c’est techniquement irréaliste.

Mais, à bien y regarder, la tentative de N Sarkozy d’étendre ce projet à l’échelle de l’Union Européenne, en introduisant des questions d’enquête pour position dominante, pourrait représenter une véritable menace pour Google et l’on serait alors tenté de répondre OUI, quand on connait sur certains dossiers la détermination du Président français.

Sauf que déjà, des voix discordantes se sont immédiatement élevées en Allemagne.

Alors, à votre avis, il a une (petite) chance ? Pour voter:

http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/487

Les paris sont ouverts !

PS. Anecdote amusante, Summertime, le posteur de cette question sur Pnyx, a mis en illustration de ce sondage une petite video qui rappelle l’épisode de “Google Bombing” dont Sarkozy a été victime il y a quelques mois (en introduisant une requête d’une injure très grossière, le site Sarkozy.fr était donné en réponse par Google). C’est aujourd’hui que se règle ce compte ?

#5 Le Monde et Libé main dans la main pour nous pondre des éditos serviles et crétins | Dico Micro on 01.10.10 at 7:00 pm

[...] à… Libération !) la résume fort bien dans son excellent et cinglant billet La taxe Google, symbole cache-misère sur son blog Caveat Emptor : Il n’est surtout nulle part question que cette taxe soit une [...]

#6 Deenox on 01.10.10 at 11:28 pm

Sarko ‘a aucune chance de faire payer Google car je ne voie pas en quoi il pourrais faire payer des société étrangères.

#7 Le Monde et Libé main dans la main pour nous pondre des éditos serviles et crétins « Injazz Consulting's blog on 01.11.10 at 3:15 am

[...] à… Libération !) la résume fort bien dans son excellent et cinglant billet La taxe Google, symbole cache-misère sur son blog Caveat Emptor : Il n’est surtout nulle part question que cette taxe soit une [...]

#8 Guerre et presse | Owni.fr on 01.25.10 at 6:23 pm

[...] ? Moi et mes potes on va te faire rentrer dans le rang ! On va t’hadopiser, te filtrer, te mater, te taxer, te couper et t’interdire d’émettre comme en [...]

#9 Panoramix007 on 02.11.10 at 6:58 pm

C’est drôle. Finalement, on demande à Google de payer pour l’inaptitude de la France (gouvernement, journalistes, médias, etc…) à s’adapter aux révolutions qu’apporte le développement numérique.
Cette taxe représente donc l’aveu d’une incapacité. Et au lieu d’embarquer, on taxe. Comme un mendiant.
La France devient le mendiant de l’info.
Tu sais c’est le même principe que de demander un rabais à un artisan parce que tu en prends 5. Si tu peux pas payer, prends en moins, mais arrête de mendier! Sinon fais-le toi-même.
Bientôt va falloir les mettre sous tutelle…

#10 Apocalypse News | Owni.fr on 02.12.10 at 8:01 pm

[...] une affirmation un poil précipitée. Mais enfin bon, au cas où, on envisage quand même une taxe Google. (Ou, comment taxer les innovations étrangères qu’on a pas eu l’ingéniosité de [...]

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