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Google/Motorola: la preuve que le système des brevets est en panne

Ce texte est signé de Jamie Love, directeur général de Knowledge Ecology International, une ONG spécialisée dans les effets de la propriété intellectuelle sur les politiques de santé, d’environnement ou d’innovation. Publié à l’origine sur le Huffington Post, il est ici traduit pour la première fois en français, avec l’autorisation de son auteur. Il est sous licence Creative Commons.

L’annonce faite lundi que Google veut dépenser 12,5 milliards de dollars pour acheter Motorola Mobiliy, principalement pour mettre la main sur son portefeuille de brevets, est la dernière preuve en date que le système de brevets ne fonctionne pas

Le problème rencontré par Google est très courant. Des objets complexes, comme les téléphones mobiles, les ordinateurs ou les logiciels, impliquent de nombreuses technologies brevetables. Quand un produit comporte des centaines, voire des milliers de brevets, il n’y a quasiment aucune chance que quiconque puisse le fabriquer et le vendre sans contrefaire les titres de propriété intellectuelle d’un tiers. Une part du problème est liée à la “qualité” insuffisante: la tendance de l’Office américain des brevets et d’autres offices dans le monde est d’accorder des brevets qui n’auraient jamais dû l’être, soit parce que les concepts sont vieux,  soit parce que l’innovation ainsi protégée était si prévisible qu’elle n’atteint pas le degré de qualité nécessaire juridiquement à un brevet. Mais ce n’est qu’une partie du problème. Même s’il était possible de se débarrasser de tous les brevets de qualité médiocre, il resterait des cas où une invention mineure pourrait bloquer une invention plus importante et un produit de grande valeur sociale.

Nombre de ceux qui sont aujourd’hui révoltés par la guerre des brevets en cours dans les technologies de communication mobile pensent que le système des brevets est caduc et non-réformable. Ils ont peut-être raison. Mais avant de se débarrasser de l’ensemble des règles de propriété intellectuelle-un objectif très difficile et sans doute non souhaitable pour des réformistes- sans doute conviendrait-il d’examiner d’autres réformes possibles, qui remettent en cause le droit exclusif des brevets tout en permettant à leurs titulaires d’être rémunérés quand leurs inventions sont utilisées.

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La plupart des pays hors des Etats-Unis disposent de lois autorisant des licences obligatoires qui peuvent être utilisées pour obliger le titulaire d’un brevet à accepter l’usage de son invention sur des bases raisonnables. Les Etats-Unis disposent aussi de lois en ce domaine, mais elles ne permettent malheureusement pas de traiter le problème que nous évoquons ici.

En 1917, le gouvernement américain a forcé les frères Wright et d’autres titulaires de brevets-clefs sur l’aviation à fonder la MAA (Manufacturer’s Aircraft Asssociation), une commuanuté de brevets (patent pool) qui a permis à plus de 60 entreprises de fabriquer des avions sans craindre des procès pour contrefaçon. Ce patent pool a incité les les fabricants d’avion à se concentrer sur la qualité de leurs aéronefs, et non sur la compétence de leurs avocats en propriété intellectuelle. Plus tard, les Etats-Unis ont encouragé un accès plus simple aux brevets sur la radio. Dans les années 50, le pays a forcé des licences obligatoires dans un grand nombre de champs technologiques. Le gouvernement a mis en place un régime spécifique dans le domaine de l’énergie nucléaire -afin que les investisseurs ne soient pas menacés par des procès après avoir englouti des millions dans de nouvelles centrales. Dans les années 70, la loi sur la qualité de l’air (Clean Air Act) comportait une disposition sur une licence obligatoire, afin qu’aucune entreprise ne puisse disposer d’un monopole sur des technologies nécessaires à la réalisation des objectifs de ladite loi.

La notion romantique de l’auteur solitaire n’est pas adaptée à des industries comme l’informatique, les logiciels ou la téléphonie mobile, où la coopération et le respect des standards sont des facteurs clefs du succès. Nous avons besoin aujourd’hui d’une approche digne du XXIème siècle dans le domaine des licences obligatoires, qui encourage les licences volontaires, et fournit des rémunérations justes et raisonnables aux titulaires de brevets, sans que ces derniers ne deviennent des armes utilisées par les cartels et les monopoles anti-consommation et anti-innovation.

Une piste simple de réforme serait de mettre en place une régle de responsabilité, où les entreprises seraient libres d’agir, à condition de verser de l’argent à un fonds pour rétribuer les titulaires de brevets. Par exemple, dans le domaine de l’électronique grand public, une entreprise pourrait fabriquer le produit qu’elle désire, tant qu’elle verse 6 à 10% de son chiffre d’affaire à ce fonds. L’argent serait réparti entre les différents titulaires de propriété intellectuelle, selon une clef décidée par un arbitre indépendant. Ce système doperait largement les cycles d’innovation.

Il y a d’autres pistes de réformes à envisager. Et elles seraient toutes bien plus fructueuses que la pathétique réforme privée d’ambition envisagée aujourd’hui par le Congrès.

Auteur: James Love / traduction: Florent Latrive
Contrat Creative Commons
Google/Motorola: la preuve que les brevets ne fonctionnent pas de http://caveat.ouvaton.org/2011/08/16/googlemotorola-la-preuve-que-le-systeme-des-brevets-est-en-panne/ est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale 3.0 non transcrit.
Basé(e) sur une oeuvre à caveat.ouvaton.org.

La taxe Google, symbole cache-misère

googleAprès Libé, via Laurent Joffrin, voici donc le Monde qui prend parti dans un éditorial en faveur de la taxe Google, taxe “juste” annonçant une “révolution culturelle” pour les utilisateurs du Net et -enfin!- la “justice” pour les “auteurs et artistes”. Wow. La dope servie aux éditorialistes semble de très bonne qualité, tant cet enthousiasme apparait démesuré, voire délirant.

Passons sur les raisonnements branlants de l’édito (“Google rend les contenus gratuits”). Passons itou sur l’aspect “rustine” de ladite taxe qui vise à compenser l’absence destructrice d’harmonisation fiscale et sociale de l’Union européenne par une drôle de taxe déclarative afin d’aller puiser dans les caisses d’un Google abrité en Irlande, là où le fisc est plus vert.

Il n’est surtout nulle part question, dans le rapport Zelnik qui la propose, que cette taxe soit une source de revenus supplémentaires pour les artistes et créateurs. Elle vise simplement à compenser dans le budget de l’Etat une série de dépenses en faveur des industries culturelles, et notamment la carte jeune musique ou l’extension du crédit d’impôt pour la production musicale. Si ces dépenses auront -c’est le minimum- pour effet indirect d’assurer quelques rentrées à la filière, on ne trouve pas là trace d’une nouvelle ligne de recettes susceptibles d’apporter un revenu pérenne et conséquent aux créateurs. On taxe la pub, et on subventionne la vente de musique. Il ne s’agit pas là de rémunérer la filière sur la base d’une nouvelle circulation des oeuvres et de nouveaux partages de la valeur ajoutée, mais d’instaurer un micro-bricolage fiscal, tout en continuant, via Hadopi, la guerre au public et à ses pratiques de partage sur les réseaux. D’autant que le produit de ladite taxe s’annonce ridicule, “une dizaine de millions d’euros par an”, selon le rapport Zelnik. La seule redevance pour copie privée, prélevée sur les supports vierges du CD à l’ipod, a rapporté 174 millions d’euros en 2008.

Nous voilà bien loin du montage proposé par la licence globale ou la contribution créative. Ces mécanismes ont au moins le mérite d’associer directement le partage gratuit des oeuvres sur le Net à une rémunération pour les créateurs -via leurs sociétés de gestion collective. Et ambitionnent de lever plusieurs centaines de millions d’euros.

“Juste”, la taxe Google? La vogue du Google bashing aveugle ses promoteurs: si la cible -les firmes profitant de la circulation large des savoirs et de la cuture sur le Net- est la bonne, sa mise en oeuvre et sa mécanique sont à la limite du grotesque. Sauf à considérer que la justice doit se contenter de symboles, elle ne règle rien. La conséquence de l’obstination des gouvernements à ignorer les pratiques de partage culturel du public est toujours la même: misère pour les créateurs et répression pour les internautes.

Crédit image: Keso sous licence Creative Commons by-nc-nd

Le modèle économique est un choix éditorial

freeIl est bon, parfois, de réhabiliter la gratuité.  Invité vendredi à donner ma lecture du livre Free de Chris Anderson dans l’émission Place de la Toile sur France Culture, je me suis fait pourtant surprendre par l’horloge, prenant sans doute trop de plaisir à accompagner le rédacteur en chef de Wired dans sa provocation jouissive. Continue reading →

Musique légale, concurrence fiscale

impots_mediumLe commerce en ligne est un exemple chimiquement pur de la concurrence fiscale et sociale que se livrent les pays de l’Union Européenne, faute d’accord sur une harmonisation. On connait les effets négatifs de ce tirage de bourre entre Etats de l’Union, qui conduit à se faucher les usines et les entreprises tout en réduisant les rentrées fiscales et sociales nécessaires au financement des services publics ou de la Sécu. Ce fut dit parfois de façon mesurée, parfois en s’envoyant des assiettes à la tronche, comme pendant la campagne pour le traité constitutionnel. Mais nul besoin d’être le patron d’une entreprise pour jouer à saute-frontières afin de profiter des différences d’imposition sur les bénéfices, ou homme politique pour encourager ces pratiques. En regardant ce soir mes comptes sur le site de ma banque, j’ai eu confirmation que je jouais un rôle dans cette foutue concurrence.

C’était très facile à repérer. Deux lignes de suite m’indiquent une facturation en direct du Luxembourg:

luxembourg

Première ligne, Amazon.fr pour 8 euros 99. Le prix du dernier album de Wilco en téléchargement MP3. Et, en seconde ligne, mon tribut mensuel à Spotify, 9 euros 99, la somme à payer pour bénéficier d’un son correct et zapper les pubs criardes de ce service. Pourquoi le Luxembourg, alors que j’ai effectué ces paiements depuis mon ordinateur, chez moi dans le 19ème arrondissement à Paris? A quelques mètres de ce Laumière Distribution, où j’achète tomates et yaourts, qui apparait en troisième ligne?

Car la TVA  est moins élevée au Luxembourg qu’en France, tout simplement. Là où la France prélève 19,6% pour écouter Wilco, le Luxembourg se contente de 15%, le taux le moins élevé des 27. Le minimum possible selon les règles de l’Union. Et comme il s’agit d’un service dématérialisé vendu via l’Internet, bingo, c’est ce taux qui s’applique. Pas celui en vigueur au métro Laumière, à Paris. Quand c’est un livre ou un CD physique que je commande sur Amazon, en revanche, c’est le taux français qui est en vigueur-5,5% dans le cas du livre. Résultat: tous les cadors du e-commerce dématérialisé se sont établis au Grand Duché, de Skype à Amazon.

Est-ce à dire que lorsque je paie la musique pour faire plaisir à Johnny Hallyday et Pascal Nègre, j’encourage la guerilla fiscale européenne et réduit le financement des hôpitaux français, des écoles et autres services payés par le budget de l’Etat? Oui. Et pour longtemps encore. Si le Luxembourg a finalement accepté de lever son veto à un projet d’harmonisation dans ce domaine -l’unanimité étant requise pour la fiscalité européenne- rien ne bougera avant 2015. A cette date, une partie de ma TVA versée au Luxembourg reviendra à l’Etat français. Et il faudra encore attendre 2019 pour que mes pulsions d’écoute de Naïve New Beaters alimentent à 100% les caisses du pays. La musique légale a un prix fiscal.

Pierre Arditi voit des capitalistes partout

Les anti-hadopis sont des ultralibéraux, des vilains capitalistes, des adeptes du renard libre dans un poulailler libre. En ces temps de crise économique mondiale, l’argument est le dernier contre-feu à la mode des défenseurs de la loi voulue par Nicolas Sarkozy et une partie des filières culturelles: « Blum, réveille-toi! » clame Denis Olivennes, ex-patron de la Fnac, en assimilant tous les opposants à la loi Création et Internet à des  «avocats du capitalisme sauvage» … Ces naïfs tournent le dos au combat contre « l’ordre marchand», chantent en canon Arditi, Gréco, Piccoli et Le Forestier dans leur lettre ouverte de rupture avec le Parti socialiste.

L’affaire est entendue: peu importe si la loi Hadopi renverse la charge de la preuve, propose de mettre des logiciels espion et au final risque fort de ne rien changer à la situation, c’est… une loi. Le triomphe de la Régulation. Contre la Jungle. Tu ne veux pas d’Hadopi? Tu prônes la licence globale? Sors de ce corps, Fritz Bolkestein!

Cette dialectique frise le gag. Cette loi vise à une chose et une seule: éradiquer le partage d’oeuvres pour rétablir ce que les juristes appellent “droit exclusif” en propriété intellectuelle. Le droit exclusif, c’est la faculté pour un titulaire de droit sur une oeuvre d’autoriser ou d’interdire son usage, sa copie, afin d’en tirer un profit.

Ce droit exclusif rapproche les oeuvres immatérielles des objets physiques: ils s’échangent, se vendent, se négocient, entres acteurs privés. Le droit exclusif crée un marché au sens classique: un endroit où l’on vend et achète des objets et des services rares.

“Bonjour, madame la marchande. Combien c’est votre pomme?
-3 euros
-Ah ben non, c’est ben trop cher.
-Je vous en vends 3 pour 5 euros.
-D’accord, alors”

Si les pommes pouvaient se dupliquer à l’infini en quelques clics, on imagine le cirque pour la pauvre marchande, qui verrait son marché tout salopé. Voilà bien le credo des Hadopistes: par la magie d’une volée de lettres recommandées, de milliers de coupures d’accès au réseau et d’une Régulation idéalisée, retrouver la matrice du marché de proximité avec sa vendeuse de pommes. La ministre de la Culture Christine Albanel l’a répété à de nombreuses reprises à l’Assemblée nationale, sa loi ambitionne de favoriser l’offre légale, le contrat, le marché de la culture. Tout le reste -diversité culturelle, accès aux oeuvres, création- doit en découler comme par magie. Cette logique est aussi au coeur du livre Le piratage, c’est le vol de Denis Olivennes.

Pur fantasme. Les Hadopistes omettent tout un pan de la propriété intellectuelle, qui ne peut se réduire au seul droit exclusif et au commerce “classique” de la culture. Personne n’interdit la copie d’un morceau depuis un CD sur son disque dur, l’enregistrement d’un film qui passe à la télé. Pas d’autorisation à demander, pas de droit exclusif.  Mais une copie légale… et un financement indirect, via une dîme perçue sur les supports permettant la copie, comme le CD vierges ou les DVD. Depuis 1985, les radios diffusent les chansons qu’elles veulent, toujours sans quémander une autorisation. Liberté de diffusion… en échange d’un pourcentage de leur chiffre d’affaire. Cela fait longtemps que le droit d’auteur, défendu comme “un droit de l’homme” par Arditi et autres figures autoproclamées “de gauche”, a été amendé pour trouver d’autres leviers de financement de la création face à la copie et au partage, inhérent aux oeuvres de l’esprit et à l’immatériel et qui posent peu de soucis aux économistes spécialistes du marché de la pomme.

C’est bien pour cette raison que les tenants de la licence globale, de la contribution créative ou de tout autre moyen de financement de la création compatible avec l’échange d’oeuvres via l’Internet proposent… une autre loi. Une Régulation itou. Pas une Jungle. Mais celle-ci acte le partage de la création, lui trouve même des vertus démocratiques et culturelles. Et tous ces ultralibéraux déchaînés osent même s’attaquer à la caisse des fournisseurs d’accès internet, en suggérant de les taxer. On imagine la joie de Thatcher face à un tel dessein.

«En faisant échec au vote de cette loi à l’Assemblée vous nous avez adressé un message de rupture. Par la présente, nous en accusons réception», écrivent Arditi et ses camarades dans leur missive au PS accusé de soutenir un «capitalisme débridé».

Ultralibéraux, les anti-hadopi? Sans doute bien moins qu’Arditi, qui plaide pour une Régulation… afin de restaurer le marché. Jolie confusion. Et cela, on en accuse réception aussi.

Un République-Bastille contre la riposte graduée

La loi Création & Internet (alias Hadopi, alias loi Riposte Graduée) est ridicule, inefficace pour les auteurs, dangereuse pour les libertés et même absurdement coûteuse pour le contribuable. Du coup, j’arbore fièrement le bandeau “Blackout du Net” proposé par le collectif la Quadrature du Net qui dénonce ladite loi:

HADOPI - Le Net en France : black-out

Ce bandeau est d’autant plus assumé que plusieurs blogueurs parmi les plus éveillés du Net ont décidé, pour leur part, de bouder ce mouvement collectif simple qui consiste à afficher sur son site un bandeau blanc & noir pour manifester le rejet de cette loi grotesque. Maître Eolas, ainsi, dit qu’il qu’il ne se joindra  jamais à un de ces collectifs qui substituent à l’action politique le comportement moutonnier”. Narvic, pour sa part, “ne trouve pas que ce soit un très bon moyen d’action” et préfère “continuer à dire en ligne que ce projet de loi doit être rejeté”.

On adore les écrits de l’un et de l’autre. Mais je me demande s’ils ne pêchent pas cette fois par vanité, comme les sempiternels (gentils) pisse-froids qui refusent d’aller marcher entre République et Bastille car, au choix:

1) il y a trop de militants CGT,

2) il y a trop de fonctionnaires

3) le CPE (ou la retraite après 40 annuités, l’expulsion des clandestins…) c’est mal , mais il faut quand même bien faire des réformes dans ce put%@^ de pays

4) les slogans, c’est vraiment pas mon truc, c’est trop moutonnier.

5) il y a trop de merguez

6) et si j’écrivais plutôt une note pleine d’intelligence adressée à un sous-attaché parlementaire?

7) c’est un peu la honte de défendre le statut des cheminots plutôt que Aung San Suu Kyi.

Brisons-là: arborons une bannière Blackout du Net, sans penser que cela suffit, loin s’en faut. Sans avoir la bêtise de croire qu’il ne faut pas -dans le même temps- lutter contre d’autres lois iniques, souvent plus graves. Sans croire que faire de la gif’prop remplace tout autre travail de lobbying, de conviction et de persuasion. Qui peut croire que des personnalités aussi affirmées que Maître Eolas ou Narvic pourraient se diluer dans le premier mouvement collectif venu?

Le don est-il est un modèle économique?

wiki.pngUn dernier appel de Jimmy Wales, le fondateur, et la barre est franchie: plus de 6 millions de dollars ont été collectés en dons par Wikipédia, somme qui servira à faire tourner les serveurs et payer une équipe de coordination de 23 membres.

Le site Netéco en profite pour relayer une petite polémique portant notamment sur l’efficacité de cette campagne de don et, surtout, le salaire plutôt coquet de la directrice exécutive Sue Gardner. Et de souligner qu’il serait peut-être malin de truffer Wikipédia de publicité pour s’assurer des revenus supplémentaires, avant de poser une question vicieusement politique: “L’année 2009 dessinera-t-elle un véritable modèle économique pour l’encyclopédie libre ?”

Très curieux: ainsi, selon Netéco, le modèle de financement choisi par Wikipédia (une fondation faisant appel aux dons) ne serait pas un modèle économique. Pas assez sérieux, sans doute. Pas de pub, pas d’investisseurs, pas de bourse, pas de Murdoch pour racheter…

Il me semble, pourtant, que le modèle économique de Wikipédia est bien réel. Et étonnamment judicieux pour un projet destiné à bâtir un bien commun rédigé par tous et accessible à tous: c’est le public qui finance et conçoit le projet. Je me demande même si, pour reprendre la question de Netéco, l’année 2009 ne sera pas l’année où apparaitront des modèles économiques à la Wikipédia pour d’autres services en ligne. La presse, par exemple?

Laurent Joffrin pour la riposte graduée: le fantasme du “laissez-faire”

C’est ce matin samedi sous la plume de Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libé et à ce titre mon patron, et j’en ai recraché ma tartine:

A cet égard, n’en déplaise à l’esprit libertaire en vigueur sur le Net : faute d’avoir choisi le système de la licence globale, le meilleur à nos yeux, la voie choisie par Christine Albanel, d’une échelle graduée de sanctions dans la lutte contre le piratage, est nécessaire. Elle vaut mieux, en tout cas, que le simple laissez-faire.

Curieux raisonnement politique: j’ai aussi soutenu le mécanisme de licence globale (moins mauvais des systèmes plutôt que le meilleur, d’ailleurs) mais l’invocation du spectre du “laissez-faire”, pour justifier un soutien à la politique d’une Christine Albanel alignée sur les plus radicaux et les plus conservateurs lobbies culturels, est stupéfiant.
Qui peut sérieusement parler de “laissez-faire”? La loi s’applique sur le Net comme ailleurs, et on ne peut pas dire que le législateur soit resté passif face au développement du réseau: à coup de LCEN, DADVSI, directives européennes diverse, lois sur les télécoms et myriades d’amendements dans d’autres textes, on frise plutôt le “trop-faire”.

Le mécanisme de riposte graduée envisagé aujourd’hui implique (entre autres joyeusetés) une surveillance massive des activités sur le réseau, la mise en place d’une autorité administrative extra-judiciaire au fonctionnement complexe et la définition d’une nouvelle infraction pour défaut de surveillance de son accès au Net.

Ce n’est pas un hasard si les “libertaires” (!) de la Commission nationale de l’informatique et des libertés ou le Parlement Européen se sont opposés à ce mécanisme ubuesque.

La riposte graduée sera coûteuse, ses conséquences sur la liberté d’expression et l’accès à la culture imprévisibles. Et elle sera très probablement inutile: la surveillance des échanges d’oeuvres sur le Net ne pourra se faire que dans certains espaces publics du réseau, or il est de plus en plus facile aujourd’hui d’échanger massivement des oeuvres à l’abri des nouveaux policiers du Net, par disques dur, clefs usb, emails ou réseaux privés et cryptés.

Il ne s’agit certainement pas d’adopter une chimérique posture libertaire -invective paresseuse de ceux qui ne veulent pas comprendre les ressorts de l’Internet et les interactions complexes entre technique et politique. Mais bien de s’opposer à la mise en place d’une énième usine à gaz inefficace, dangereuse pour les libertés individuelles et qui nie l’apport essentiel de l’infrastructure Internet à la diffusion de la culture: la transformation partielle d’une logique de consommation marchande en logique d’échange culturel.

La question du financement de la création est brûlante, mais il est illusoire d’imaginer la résoudre avec une riposte plus ou moins graduée et un montage parajudiciaire “créatif” -pour ne pas dire hasardeux. Le “faire-n’importe-quoi” serait en ce domaine bien plus dangereux qu’un “laissez-faire” fantasmé.

Une brève histoire de la lutte contre les pirates

pirate.jpgSujet: vous raconterez comment s’est organisée puis développée la lutte contre les pirates de musique et de film sur l’Internet. Vous rédigerez une conclusion sur la base de ces faits donnant votre sentiment.

C’est l’histoire de gens qui crient très fort dans la radio et la télé. Il y a Pascal, et puis un autre Pascal et puis Johnny (celui qui est allé en Suisse en criant, puis il crie plus mais il est resté là bas). Et puis des fois, il y a des moins connus aussi, mais ils crient moins fort. Ils sont tous copains avec le Président de la République, parce que le Président de la République, il sait crier très fort aussi.

Un jour, ils se réunissent et trouvent que tous les gens qui écoutent de la musique et regardent des films avec Internet, comme moi et mes copains, ils font rien qu’à leur faire des misères et à leur voler leur fromage.

Alors ils décident d’envoyer les gendarmes. Ca fait peur parce que les gendarmes, d’habitude, ils s’occupent de gens très méchants, avec des gros révolvers et qui font du mal aux gentils. Là, les gendarmes, ils vont gronder une maman, et puis une jeune fille (avec des boucles) et un professeur aussi. Et ils veulent les mettre en prison avec les gens très méchants avec les gros révolvers.

Mais ça marche pas bien, parce que tout le monde pense que les mamans, les jeunes filles (avec des boucles) et les professeurs, ils sont gentils.

Les gens qui crient très forts et les amis de Sarko, ils disent: “bon, c’est pas grave, on va mettre des tapettes à souris sur la musique et les films”. En vrai, ils appellent pas ça des tapettes à souris, mais des déhèraime.

Ca marchait pas bien, les tapettes à souris: en fait, souvent, ça tapait sur les doigts des gens gentils qui voulaient donner à manger à ceux qui criaient forts. Là où ça fait peur, c’est que les gens qui criaient forts, ils ont dit qu’il fallait envoyer les gendarmes chez tous ceux qui enlevaient les tapettes à souris pour qu’elles arrêtent de casser les doigts des gens gentils. J’ai pas compris pourquoi mais il y a un monsieur important, Hervé Dévé, qui était bien d’accord. Hervé Dévé, il arrêtait pas de dire qu’il voulait donner à manger aux gens qui crient très forts avec les déhèraimes. C’est vrai que si les souris mangeaient tout le fromage, ça faisait plus beaucoup à manger pour les autres.

Là, il y a des gens qui ont dit: faut arrêter les tapettes à souris et donner quand même à manger aux gens qui crient très fort. Ils ont dit d’aller chercher du fromage sur internet pour donner à manger à ceux qui crient et qu’ils arrêtent de crier et qu’ils nous laissent écouter de la musique et regarder des films sur internet. Mais les les gens qui crient très fort, ils ont crié encore plus fort je sais pas pourquoi. Peut être qu’ils étaient habitués à leur vieux fromage, ils en voulaient pas un nouveau.

Hervé Dévé, il s’est battu comme un lion -c’est lui qui l’a dit- pour mettre des tapettes à souris. Et puis les gens qui criaient très forts, ils ont dit, ben non, finalement, c’est pas bien les tapettes à souris.

Et puis comme les gens qui crient très fort, ils sont malins avec plein d’idées, ils en ont eu une autre, d’idée. Ils ont dit: si on peut pas envoyer les gendarmes chez les gens qui écoutent de la musique et regardent des films avec internet, et si on peut pas mettre des tapettes à souris, alors on va leur enlever internet. Mais les gendarmes ils ont pas voulu: ils ont dit qu’ils fallait respecter les droits des hommes, sinon ils allaient être punis. Alors le Président de la République, il a dit, “vous inquiétez pas” aux gens qui crient très forts et il leur a promis des nouveaux gendarmes plus coulants.

Mais attention, ce serait des gendarmes très intéressés aux droits des hommes, aussi. Le Président de la République, il s’intéresse beaucoup aux droits des hommes. En fait, les nouveaux gendarmes plus coulants, ils seraient juste plus intéressés aux droits des hommes qui crient très forts qu’aux droits des autres hommes. Ils s’appellent les adopis. Leur travail, c’est quand quelqu’un crie très fort parce que quelqu’un écoute de la musique sur internet, ils écrivent une lettre à sa maman et puis après ils enlèvent l’internet de toute la famille. Et puis aussi le téléphone et la télévision. Et puis les adopis, ils sont plus forts que Superman, parce que maman, elle a pas besoin de se déplacer ou de parler, elle peut même pas dire que c’est ma faute et moi je peux pas dire que c’est le voisin qui a rigolé avec le wifi pas protégé: l’internet et le téléphone et la télé, ils sont arrêtés tout seul. Fallait pas faire des bêtises avec le fromage des gens qui crient très fort.

Conclusion: je crois pas que les nouveaux gendarmes plus coulants de Nicolas, ils marchent mieux que les tapettes à souris ou les gendarmes de d’habitude. Les gens qui crient très forts, je crois qu’ils doivent aller chercher à manger ailleurs et arrêter de crier, parce que ça fait mal à la tête.

Benjamin, 8 ans

Photo: peasap sous licence Creative Commons

Riposte graduée: la pétition

hf_hometaping.gifLors de la Dadvsi, c’était le collectif Eucd.info et Le Nouvel Observateur qui s’y étaient collés, ce dernier avec une pétition “Nous sommes tous des pirates”. Cette fois, la pétition anti-riposte graduée est hébergée par Science & Vie Micro, le Nouvel Obs ne risquant pas de s’y coller depuis que Denis Olivennes dirige le journal…. après avoir dirigé la Fnac et donné son nom à au rapport menant à la loi.

C’est ici: l’appel contre la loi Hadopi