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Le journalisme, c’est le vol

robin_hood_men_in_tightsEt voici Narvic qui se sent tenu de plonger dans le débat du «modèle économique» de Prison Valley…. Il le fait dans un billet laudateur, voire amoureux sur le niveau exigeant de l’enquête réalisée par David Dufresne et Philippe Brault sur l’industrie carcérale américaine. Mais il sacrifie à la question/remarque obligatoire: “Wooow, c’est cher, ce truc!”

Dear Narvic, il n’y a pas de modèle économique à Prison Valley, webdocumentaire dont le coût financerait deux, voire trois salaires de rédacteur en chef de l’Express.fr.  Mais il n’y a pas non plus de modèle économique pour un journal tradi à expédier un journaliste couvrir la guerre en Irak, pas plus qu’il n’y en a à ouvrir un bureau permanent à Bruxelles. Tu le sais, tu l’as déjà écrit. C’est cher et ça emmerde tout le monde 364 jours par an. Le 365 e , les Américains font une bavure et tuent 50 irakiens d’un coup ou l’euro s’effondre et ça fait la une.

Tu dis que c’est une question d’image pour les médias qui s’offrent ces suppléments d’âme, en rationalisant ces dépenses absurdes par un raisonnement marketing. Mais, au fond, nous n’avons pas besoin de théories marketing pour flamber 100 euros quand notre budget nous limiterait à 5, ou -pour ceux qui le peuvent- 200.000 euros quand la stricte comptabilité nous imposerait de se contenter de 10.000. Dans ce métier, les tripes et l’envie de raconter se manifestent toujours avant les calculs.

L’économie du journalisme est un funambulisme

Prison Valley en est un exemple, et il n’a rien d’un cas particulier. Son montage financier est un funambulisme d’argent public très bien investi (Arte.tv) et de risque privé couillu par désir (Upian, Dufresne, Brault & tout leur générique). Il représente bien  un modèle pour tous les médias aujourd’hui et hier, quelles que soient les sommes engagées. Car l’économie journalistique est bien un funambulisme.

Nous pouvons mesurer les clics, les bannières, les abonnements payants… On sait faire : 5 euros en moyenne les 1000 clics pour compter large ça fait 200 euros de pub sur une dépêche AFP copiée/collée sur Zahia et 10 euros sur le reportage d’un correspondant en Thaïlande. Le frivole finance l’exigeant, le soft paie le hard, la chair alimente la raison…Telle est la caricature d’un modèle économique de la presse qui tenterait de tapiner pour jouer la noblesse en undercover. Tel est le calcul économique dominant. Rationnel. Ob-jec-tif. Et bidon.

Bidon, car certes nous savons compter, mais c’est une compétence de base à la Chatel-Sarkozy : un truc appris niveau primaire qui ne dit rien de ce qu’on fait, dit, vit, porte. Internet ou pas, le journalisme -et son aggrégation *journalistique*- est un vol. Le journalisme est un détournement d’argent publicitaire, d’argent public, de dons individuels privés, mis au service d’une liberté branlante de témoigner.

Que cette liberté soit mal exploitée -trop de Zahia qui clignote, de compromissions bas de gamme avec la pub- et tout s’effondre : les annonceurs se cabrent et refusent qu’on leur fasse les poches, l’argent public devient argent du Prince et les lecteurs/auditeurs/spectateurs dépensent ailleurs.

Funambulisme, donc. Notre devoir est de détourner l’argent au nom de la liberté de savoir. Au risque de tout perdre. Merci à la team Prison Valley qui a pris ce risque.

D’où tu parles, camarade? Je fais le funambule à Libelabo.fr, où nous sommes partenaires de Prison Valley. Parce que je crois au sujet et à la forme qui va avec. Parce que je crois aux journalistes qui l’ont porté. Parce que si je n’y croyais pas, je serais mort.

Mais encore? Ce billet est une version à peine remaniée de ma réponse à Narvic sur son blog.

Le modèle économique est un choix éditorial

freeIl est bon, parfois, de réhabiliter la gratuité.  Invité vendredi à donner ma lecture du livre Free de Chris Anderson dans l’émission Place de la Toile sur France Culture, je me suis fait pourtant surprendre par l’horloge, prenant sans doute trop de plaisir à accompagner le rédacteur en chef de Wired dans sa provocation jouissive. Continue reading →

65 ans de l’AFP: des «journaux libres» à l’Internet libre?

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C’est une dépêche, la toute première de l’Agence Française de Presse, datée du 20 août 1944, il y a soixante-cinq ans exactement. Au moment où Paris se soulève contre l’occupant, un groupe de résistants-journalistes prend le contrôle de l’Office français d’information vichyste , et expédie cette dépêche, la numéro 1 de ce qui deviendra très vite l’Agence France-Presse, l’AFP.

Grâce à l’action des Forces Françaises de l’Intérieur, les premiers journaux libres vont paraître, à la veille de l’entrée des troupes alliées, dans Paris presque entièrement libéré.

L’agence Française de Presse leur adresse aujourd’hui son premier service.

(…)

Au moment où des combats se livrent encore dans la ville, et où tombent de nombreux combattants de la liberté, nous saluons tous nos camarades de la presse, disparus, emprisonnés et déportés et notamment nos 21 collaborateurs tombés dans les mains de la Gestapo.

Au service de tous les journaux libres, l’Agence Française de Presse assurera, avec l’objectivité stricte qui est le devoir d’un organisme d’Information, la diffusion de nouvelles scrupuleusement contrôlées et recoupées, qui, en attendant l’installation d’une censure militaire, ne doivent en rien gêner la marche des opérations sur différents fronts.

65 ans plus tard, l’AFP, tout comme d’autres grandes agences telle l’Américaine Associated Press, est encore un soutien indispensable de la plupart des journaux. Par la qualité de ses journalistes, par l’ampleur de son réseau mondial de correspondants. C’est plus que jamais un pilier indispensable de l’écosystème de l’information, dont l’histoire et la mission sont encore lisibles, notamment dans le statut particulier de l’agence et son mode de financement, destinés à la mettre à l’abri des pouvoirs -politiques et économiques. “Au service des journaux libres”

Mais les “grossistes” de l’information ont eux aussi été chahutés par l’Internet. Poussées à trouver de nouveaux marchés, à s’adapter aux nouvelles technologies, les agences ont revendu leurs fils aux grands portails, et l’on trouve désormais de la dépêche au kilomètre sur Orange, Yahoo et -évidemment- sur la plupart des sites de médias, presse écrite et audiovisuelle mêlée.

A l’origine fournisseurs d’information brute aux professionnels, les agences se retrouvent en concurrence directe avec les “journaux libres”, justement. Tout à la fois ennemis et clients, associés et concurrents, comme le prouvent certaines crispations publiques, mais surtout de nombreuses négos tendues plus privées entre les médias et l’AFP. Ou comme le démontre l’agressive réflexion statégique sur son avenir de l’Associated Press -une coopérative destinée à l’origine à mutualiser la coûteuse couverture internationale des journaux américains.

Sans le vouloir, à l’aveuglette, les grandes agences ont trouvé une nouvelle place dans l’écosystème de l’information numérique. Une place nécessaire, au milieu des blogs, des flux twitter, des portails et des sites de médias. Mais une place bancale et, surtout, aussi peu pérenne économiquement que l’est celle des médias classiques.

“Au service de tous les journaux libres”, encore aujourd’hui, l’AFP?  “Au service de l’Internet libre”, bien sûr. Mais à condition de se poser sereinement et collectivement la question de sa mission renouvelée, de son rapport aux autres médias et, plus généralement, à l’Internet. L’AFP ne doit pas devenir, par inertie ou lâcheté politique, un simple média parmi d’autres, engagé dans des stratégies alambiquées de contrôle de sa “propriété intellectuelle”, ce qui est la direction prise par l’Associated Press. A ce titre, la volonté affichée du gouvernement français de changer le statut de l’Agence pour la rapprocher d’une entreprise capitalistique classique semble éloigner la perspective d’une réflexion pourtant devenue cruciale.

D’où tu parles camarade? Journaliste à Libe, en charge de LibeLabo.fr, et donc à ce titre totalement immergé dans le tsunami des médias aujourd’hui.

Un République-Bastille contre la riposte graduée

La loi Création & Internet (alias Hadopi, alias loi Riposte Graduée) est ridicule, inefficace pour les auteurs, dangereuse pour les libertés et même absurdement coûteuse pour le contribuable. Du coup, j’arbore fièrement le bandeau “Blackout du Net” proposé par le collectif la Quadrature du Net qui dénonce ladite loi:

HADOPI - Le Net en France : black-out

Ce bandeau est d’autant plus assumé que plusieurs blogueurs parmi les plus éveillés du Net ont décidé, pour leur part, de bouder ce mouvement collectif simple qui consiste à afficher sur son site un bandeau blanc & noir pour manifester le rejet de cette loi grotesque. Maître Eolas, ainsi, dit qu’il qu’il ne se joindra  jamais à un de ces collectifs qui substituent à l’action politique le comportement moutonnier”. Narvic, pour sa part, “ne trouve pas que ce soit un très bon moyen d’action” et préfère “continuer à dire en ligne que ce projet de loi doit être rejeté”.

On adore les écrits de l’un et de l’autre. Mais je me demande s’ils ne pêchent pas cette fois par vanité, comme les sempiternels (gentils) pisse-froids qui refusent d’aller marcher entre République et Bastille car, au choix:

1) il y a trop de militants CGT,

2) il y a trop de fonctionnaires

3) le CPE (ou la retraite après 40 annuités, l’expulsion des clandestins…) c’est mal , mais il faut quand même bien faire des réformes dans ce put%@^ de pays

4) les slogans, c’est vraiment pas mon truc, c’est trop moutonnier.

5) il y a trop de merguez

6) et si j’écrivais plutôt une note pleine d’intelligence adressée à un sous-attaché parlementaire?

7) c’est un peu la honte de défendre le statut des cheminots plutôt que Aung San Suu Kyi.

Brisons-là: arborons une bannière Blackout du Net, sans penser que cela suffit, loin s’en faut. Sans avoir la bêtise de croire qu’il ne faut pas -dans le même temps- lutter contre d’autres lois iniques, souvent plus graves. Sans croire que faire de la gif’prop remplace tout autre travail de lobbying, de conviction et de persuasion. Qui peut croire que des personnalités aussi affirmées que Maître Eolas ou Narvic pourraient se diluer dans le premier mouvement collectif venu?

Ni pub, ni soumise: la fondation de presse

2054107736_33b631838c_m.jpgFaut-il transformer les titres de presse en fondations, en non-profits à l’anglosaxonne? A l’heure où la chronique médiatique s’enrichit chaque jour d’un nouveau plan social, de ventes en chute libre et de perspectives publicitaires en berne, la formule séduit aux Etats-Unis et en Europe. Avec des arguments-chocs: l’indépendance vis-à-vis des annonceurs, l’absence d’actionnaires -privés ou publics- tentés d’influer sur la ligne éditoriale pour servir leurs propres desseins. Et l’affichage symbolique d’un média destiné à servir le public, et uniquement celui-ci, sans compromis.

J’ai beaucoup de sympathie pour cette idée. Mais à certaines conditions. Il ne s’agit pas seulement de compter sur quelques mécènes aux poches profondes pour arroser à fonds perdus jour après jour une clique de journalistes sûrs de leur compétence. Et dont la propension à claquer des millions est inversement proportionnelle à leur faculté à attirer des lecteurs. Il ne s’agit pas non plus, comme le suggèrent certaines voix en France suite aux annonces de Nicolas Sarkozy, de bâtir des fondations pour siphonner sans contrepartie l’argent de lecteurs et de philanthropes pour remplir les caisses de journaux demeurant des entreprises capitalistiques classiques.

La seule voie convaincante est celle de fondations avec endowment (dotation, en VF), comme le pratiquent déjà certaines universités américaines: la fondation dispose d’un capital placé, et seuls les intérêts sont dépensés pour l’activité quotidienne. L’endowment est le garant de l’indépendance et assure un financement pérenne. Dans le cas de la presse, il s’agit de payer les journalistes (et plus largement les contributeurs), les frais d’enquêtes et de reportage, la mise en ligne et le développement d’un site web. Un site web en libre accès, et sans publicité.

Ce modèle devient envisageable grâce au Web: la distribution physique d’un journal impose des coûts unitaires fixes et élevés, de l’impression à la distribution. Il est impossible de le distribuer gratuitement. Un journal en ligne, en revanche, n’a pas la même économie: l’essentiel des coûts -importants- est supporté en amont et varie peu en fonction du nombre de lecteurs/internautes. Si Rue89 dépense plus d’argent (en infrastructure informatique) quand il est lu par un million de personnes que pour 500 lecteurs, la différence est marginale au regard du coût de la recherche et mise en forme de l’information.

Tous les modèles économiques expérimentés aujourd’hui sur le Web montrent leurs limites. Le site du New York Times, dont les revenus proviennent de la publicité, ne dégage que 20% de la somme nécessaire à financer la rédaction du titre malgré ses 20 millions de visiteurs par mois. Le financement par la publicité induit aussi une forme particulière d’information, car les annonceurs aiment placer leurs pubs dans un environnement qui leur sied: positif, peu politique et à vocation commerciale. Le financement par la publicité est bel et bien la raison de la floraison de suppléments mode dans tous les journaux, et de la progressive disparition de l’enquête sociale.

Les sites payants, pour leur part et indépendemment de leurs difficultés à convaincre des abonnés, butent sur un écueil important: réservés à certains, ils pâtissent de l’obscurité de l’accès restreint. Pas de liens, peu de citations, ils ne participent que peu à la conversation de l’Internet et n’alimentent pour l’essentiel que leurs lecteurs déjà convaincus, sans espoir de toucher de nouveaux publics.

La fondation aurait les avantages du payant -l’indépendance vis-à-vis de la publicité- en ajoutant ceux du Web: la circulation, l’ouverture et le libre accès. Et sans actionnaires. Rien n’empêche d’ailleurs de compléter cette offre web par un journal papier qui, lui, serait payant pour financer son impression et sa distribution, et pourrait apporter des revenus complémentaires. Destinés à alimenter l’endowment, par exemple.

Cette formule demande une mise de départ importante, sans contrepartie ni retour sur investissement, à la mesure de l’investissement rédactionnel envisagé. Ce capital serait le fruit de mécènes, bien sûr, mais aussi des dons des lecteurs motivés par un tel projet à visée citoyenne. De façon très prosaïque, rappelons que les dons aux fondations sont largement déduits des impôts, à hauteur de 60%.

Dans une tribune signée dans le New York Times, David Swensen et Michael Schmidt chiffrent la somme nécessaire pour transformer le quotidien américain en fondation à 5 milliards de dollars. Placés à 5% par an, en évitant les actions des fabricants d’armes et autres subprimes, cela assurerait 250 millions de dollars de revenus annuels.

Pour un média de taille plus modeste, qui dépenserait par exemple un million d’euros par an pour démarrer, avec une rédaction de quelques dizaines de journalistes correctement payés, il faudrait 20 à 25 millions d’euros. A peu près la somme déjà engloutie par Edouard de Rothschild dans Libération, sans pour l’instant que cet argent garantisse le futur du titre. N’est-il pas temps d’étudier avec sérieux cette idée?

D’où tu parles, camarade? Je suis journaliste à Libération, aujourd’hui responsable de libelabo.fr, la partie audio & vidéo du site web du quotidien.

 Crédit photo: DRB62, sur Flick.com

Le don est-il est un modèle économique?

wiki.pngUn dernier appel de Jimmy Wales, le fondateur, et la barre est franchie: plus de 6 millions de dollars ont été collectés en dons par Wikipédia, somme qui servira à faire tourner les serveurs et payer une équipe de coordination de 23 membres.

Le site Netéco en profite pour relayer une petite polémique portant notamment sur l’efficacité de cette campagne de don et, surtout, le salaire plutôt coquet de la directrice exécutive Sue Gardner. Et de souligner qu’il serait peut-être malin de truffer Wikipédia de publicité pour s’assurer des revenus supplémentaires, avant de poser une question vicieusement politique: “L’année 2009 dessinera-t-elle un véritable modèle économique pour l’encyclopédie libre ?”

Très curieux: ainsi, selon Netéco, le modèle de financement choisi par Wikipédia (une fondation faisant appel aux dons) ne serait pas un modèle économique. Pas assez sérieux, sans doute. Pas de pub, pas d’investisseurs, pas de bourse, pas de Murdoch pour racheter…

Il me semble, pourtant, que le modèle économique de Wikipédia est bien réel. Et étonnamment judicieux pour un projet destiné à bâtir un bien commun rédigé par tous et accessible à tous: c’est le public qui finance et conçoit le projet. Je me demande même si, pour reprendre la question de Netéco, l’année 2009 ne sera pas l’année où apparaitront des modèles économiques à la Wikipédia pour d’autres services en ligne. La presse, par exemple?

BHL et les médias, deux grands cadavres à la renverse

bhl5_01.jpgBHL réfuté, BHL moqué, BHL humilié. L’exercice serré de fact checking réalisé par les camarades de Rue89 sur la copie de deux pages de “choses vues” en Géorgie par Bernard-Henri Lévy publiée dans le Monde a tout pour délencher une émeute de blogs. Tout y est: un intello médiatique, un média établi et une dégelée administrée par un site web. Le kif absolu pour qui veut se déchaîner sur les puissants menteurs du vieux monde enfin défiés par les médias numériques du nouveau.

Le pitch de l’affaire? Bernard-Henri Lévy s’est envolé dans le Caucase vérifier si la soldatesque russe était bien un ramassis de pillards en pleine vendetta contre la liberté. Après un minutieux examen de la situation, il en conclut que la soldatesque russe est bien un ramassis de pillards et il le raconte dans le journal du soir (en prenant de la place pour le faire, beaucoup de place). Illico, trois journalistes de Rue89 décrochent leur téléphone et vérifient point par point les “choses vues” de BHL grâce aux témoignages de personnes qui l’accompagnaient. Et le résultat n’est pas joli à lire.

Faut-il en conclure, comme le fait André Gunthert en faisant un parallèle avec la bronca sur l’affaire Siné, que “le juge, aujourd’hui, c’est le web”, car il semble “capable de modifier les grands équilibres médiatiques”?

L’analyse est séduisante -presque réjouissante- si elle n’était partielle. Quelques années dans ce métier suffisent à se rendre compte, effectivement, de l’incroyable complaisance avec lesquels les médias accordent une attention démesurée aux moindres pulsions d’expression d’une série d’intellos cumulards, de BHL à Jacques Marseille.

C’est le cas à Libé, où une simple recherche sur le site du journal crache des kilomètres de copie signée par BHL. Ce qui n’empêche pas une partie largement majoritaire de la rédaction de moquer avec dureté le bonhomme pour sa légèreté et sa fatuité.

Ce paradoxe est un terrible symptôme de la maladie chronique de la presse française, où la posture et les paillettes priment avec régularité sur le sérieux. Individuellement, l’immense majorité des journalistes vénèrent l’exactitude des faits,  méprisent les ramenards et souffrent de la place accordée à une brochette de penseurs approximatifs. Mais il en va autrement une fois noyés dans le collectif d’une rédaction, avec son lot de pulsions grégaires, de soumission aux habitudes, de micro-renoncements suscités par la fatigue, la lâcheté ou le calcul. Un journal, c’est aussi une entreprise. Et l’entreprise n’est pas l’endroit rêvé pour que s’épanouissent le courage et l’honnêteté.

Le remède à cette gangrène n’est pas l’Internet, mais plus prosaïquement le journalisme, une fois celui-ci débarassé des crasses d’un marketing salonard. Et ce journalisme là, il s’exerce aujourd’hui en France plus facilement dans un média tout neuf -web ou pas-, moins vulnérable à ces virus. Même s’il est fondé par d’anciens journalistes du “vieux monde”, comme l’est Rue89. Ce n’est pas une fatalité, et cela doit changer si les médias disposant aujourd’hui de la plus forte audience veulent survivre. Ou, plus sûrement, s’ils veulent éviter, comme BHL ou le PS (le grand cadavre à la renverse du dernier opus du reporter imaginaire de Gori), de cumuler l’omniprésence et le mépris.

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D’où tu parles, camarade? Quand on bosse à Libé, on n’échappe pas au BHL, actionnaire du titre à hauteur de quelques dizièmes de % du capital.

Le Libre, en vrai

A Libé, dans le cadre du projet audiovidéo LibéLabo, nous essayons de faire le grand écart: se préoccuper d’utiliser et promouvoir des formats et des logiciels libres, tout en diffusant nos programmes au plus grand nombre. Et le tout avec des moyens-chagrin. Ce n’est pas une surprise, mais c’est très difficile: quelques élément concrets à lire ici (lisez bien les commentaires, on y trouve plein de détails).

Android et la coiffure de Brin

Et voici la vidéo de démonstration d’Android, le futur système d’exploitation pour téléphone mobile de Google. Je ne sais pas comment vous faites pour rester concentré, mais pour ma part je ne parviens pas à écouter correctement un type avec une coiffure pareille.

The Voice

Il est des moments où l’on ne sait plus si ce monde est encore tangible, où le temps s’arrête et la respiration s’accélère. Et ce n’est pas seulement dans les livres Harlequin que l’on peut trouver ce genre de chose: LA voix de la SNCF, j’ai nommé Simone “Toulouse, Toulouse, terminus, tout le monde descend du train” Hérault était en studio à France Culture il y a quelques jours, assise à côté de moi alors que je tentais de faire ma chronique du jour dans l’émission Masse Critique. Et c’est elle, THE VOICE, qui a fait le lancement de ladite chronique. En vrai de vrai. Et comme personne ne me croira jamais, voici la preuve, à écouter ci-dessous (juste le début, la suite, c’est ma pomme transformée en robot de synthèse vocale tellement je suis déboussolé):

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