Cache directory "/space/www/node1-5/gl-ouv/3/1/3107061023343938/web/ouvaton.org/caveat.ouvaton.org/html/wp-content/plugins/ttftitles/cache" is not writable.Nettoyage d’été

Retour de vacances et crise de geekerie aigüe. On reprend donc notre joli blog motorisé par Wordpress, on le met à jour proprement avec la toute dernière version, on ajoute une boîte Twitter sur la droite pour afficher mes dernières fulgurances en 140 caractères. On met en place un thème conçu spécialement pour l’Iphone et Android (le WP Touch Iphone Theme) qui permet de lire ce blog dans le métro ou sur la plage. Et, au passage, on dit merci à Wordpress -et à tous ceux qui contribuent à faire vivre ce logiciel de publication- d’exister.

Bientôt, promis, des posts, des posts et un lifting de la liste de liens.

Cache directory "/space/www/node1-5/gl-ouv/3/1/3107061023343938/web/ouvaton.org/caveat.ouvaton.org/html/wp-content/plugins/ttftitles/cache" is not writable.Pierre Arditi voit des capitalistes partout

Les anti-hadopis sont des ultralibéraux, des vilains capitalistes, des adeptes du renard libre dans un poulailler libre. En ces temps de crise économique mondiale, l’argument est le dernier contre-feu à la mode des défenseurs de la loi voulue par Nicolas Sarkozy et une partie des filières culturelles: « Blum, réveille-toi! » clame Denis Olivennes, ex-patron de la Fnac, en assimilant tous les opposants à la loi Création et Internet à des  «avocats du capitalisme sauvage» … Ces naïfs tournent le dos au combat contre « l’ordre marchand», chantent en canon Arditi, Gréco, Piccoli et Le Forestier dans leur lettre ouverte de rupture avec le Parti socialiste.

L’affaire est entendue: peu importe si la loi Hadopi renverse la charge de la preuve, propose de mettre des logiciels espion et au final risque fort de ne rien changer à la situation, c’est… une loi. Le triomphe de la Régulation. Contre la Jungle. Tu ne veux pas d’Hadopi? Tu prônes la licence globale? Sors de ce corps, Fritz Bolkestein!

Cette dialectique frise le gag. Cette loi vise à une chose et une seule: éradiquer le partage d’oeuvres pour rétablir ce que les juristes appellent “droit exclusif” en propriété intellectuelle. Le droit exclusif, c’est la faculté pour un titulaire de droit sur une oeuvre d’autoriser ou d’interdire son usage, sa copie, afin d’en tirer un profit.

Ce droit exclusif rapproche les oeuvres immatérielles des objets physiques: ils s’échangent, se vendent, se négocient, entres acteurs privés. Le droit exclusif crée un marché au sens classique: un endroit où l’on vend et achète des objets et des services rares.

“Bonjour, madame la marchande. Combien c’est votre pomme?
-3 euros
-Ah ben non, c’est ben trop cher.
-Je vous en vends 3 pour 5 euros.
-D’accord, alors”

Si les pommes pouvaient se dupliquer à l’infini en quelques clics, on imagine le cirque pour la pauvre marchande, qui verrait son marché tout salopé. Voilà bien le credo des Hadopistes: par la magie d’une volée de lettres recommandées, de milliers de coupures d’accès au réseau et d’une Régulation idéalisée, retrouver la matrice du marché de proximité avec sa vendeuse de pommes. La ministre de la Culture Christine Albanel l’a répété à de nombreuses reprises à l’Assemblée nationale, sa loi ambitionne de favoriser l’offre légale, le contrat, le marché de la culture. Tout le reste -diversité culturelle, accès aux oeuvres, création- doit en découler comme par magie. Cette logique est aussi au coeur du livre Le piratage, c’est le vol de Denis Olivennes.

Pur fantasme. Les Hadopistes omettent tout un pan de la propriété intellectuelle, qui ne peut se réduire au seul droit exclusif et au commerce “classique” de la culture. Personne n’interdit la copie d’un morceau depuis un CD sur son disque dur, l’enregistrement d’un film qui passe à la télé. Pas d’autorisation à demander, pas de droit exclusif.  Mais une copie légale… et un financement indirect, via une dîme perçue sur les supports permettant la copie, comme le CD vierges ou les DVD. Depuis 1985, les radios diffusent les chansons qu’elles veulent, toujours sans quémander une autorisation. Liberté de diffusion… en échange d’un pourcentage de leur chiffre d’affaire. Cela fait longtemps que le droit d’auteur, défendu comme “un droit de l’homme” par Arditi et autres figures autoproclamées “de gauche”, a été amendé pour trouver d’autres leviers de financement de la création face à la copie et au partage, inhérent aux oeuvres de l’esprit et à l’immatériel et qui posent peu de soucis aux économistes spécialistes du marché de la pomme.

C’est bien pour cette raison que les tenants de la licence globale, de la contribution créative ou de tout autre moyen de financement de la création compatible avec l’échange d’oeuvres via l’Internet proposent… une autre loi. Une Régulation itou. Pas une Jungle. Mais celle-ci acte le partage de la création, lui trouve même des vertus démocratiques et culturelles. Et tous ces ultralibéraux déchaînés osent même s’attaquer à la caisse des fournisseurs d’accès internet, en suggérant de les taxer. On imagine la joie de Thatcher face à un tel dessein.

«En faisant échec au vote de cette loi à l’Assemblée vous nous avez adressé un message de rupture. Par la présente, nous en accusons réception», écrivent Arditi et ses camarades dans leur missive au PS accusé de soutenir un «capitalisme débridé».

Ultralibéraux, les anti-hadopi? Sans doute bien moins qu’Arditi, qui plaide pour une Régulation… afin de restaurer le marché. Jolie confusion. Et cela, on en accuse réception aussi.

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La loi Création & Internet (alias Hadopi, alias loi Riposte Graduée) est ridicule, inefficace pour les auteurs, dangereuse pour les libertés et même absurdement coûteuse pour le contribuable. Du coup, j’arbore fièrement le bandeau “Blackout du Net” proposé par le collectif la Quadrature du Net qui dénonce ladite loi:

HADOPI - Le Net en France : black-out

Ce bandeau est d’autant plus assumé que plusieurs blogueurs parmi les plus éveillés du Net ont décidé, pour leur part, de bouder ce mouvement collectif simple qui consiste à afficher sur son site un bandeau blanc & noir pour manifester le rejet de cette loi grotesque. Maître Eolas, ainsi, dit qu’il qu’il ne se joindra  jamais à un de ces collectifs qui substituent à l’action politique le comportement moutonnier”. Narvic, pour sa part, “ne trouve pas que ce soit un très bon moyen d’action” et préfère “continuer à dire en ligne que ce projet de loi doit être rejeté”.

On adore les écrits de l’un et de l’autre. Mais je me demande s’ils ne pêchent pas cette fois par vanité, comme les sempiternels (gentils) pisse-froids qui refusent d’aller marcher entre République et Bastille car, au choix:

1) il y a trop de militants CGT,

2) il y a trop de fonctionnaires

3) le CPE (ou la retraite après 40 annuités, l’expulsion des clandestins…) c’est mal , mais il faut quand même bien faire des réformes dans ce put%@^ de pays

4) les slogans, c’est vraiment pas mon truc, c’est trop moutonnier.

5) il y a trop de merguez

6) et si j’écrivais plutôt une note pleine d’intelligence adressée à un sous-attaché parlementaire?

7) c’est un peu la honte de défendre le statut des cheminots plutôt que Aung San Suu Kyi.

Brisons-là: arborons une bannière Blackout du Net, sans penser que cela suffit, loin s’en faut. Sans avoir la bêtise de croire qu’il ne faut pas -dans le même temps- lutter contre d’autres lois iniques, souvent plus graves. Sans croire que faire de la gif’prop remplace tout autre travail de lobbying, de conviction et de persuasion. Qui peut croire que des personnalités aussi affirmées que Maître Eolas ou Narvic pourraient se diluer dans le premier mouvement collectif venu?

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2054107736_33b631838c_m.jpgFaut-il transformer les titres de presse en fondations, en non-profits à l’anglosaxonne? A l’heure où la chronique médiatique s’enrichit chaque jour d’un nouveau plan social, de ventes en chute libre et de perspectives publicitaires en berne, la formule séduit aux Etats-Unis et en Europe. Avec des arguments-chocs: l’indépendance vis-à-vis des annonceurs, l’absence d’actionnaires -privés ou publics- tentés d’influer sur la ligne éditoriale pour servir leurs propres desseins. Et l’affichage symbolique d’un média destiné à servir le public, et uniquement celui-ci, sans compromis.

J’ai beaucoup de sympathie pour cette idée. Mais à certaines conditions. Il ne s’agit pas seulement de compter sur quelques mécènes aux poches profondes pour arroser à fonds perdus jour après jour une clique de journalistes sûrs de leur compétence. Et dont la propension à claquer des millions est inversement proportionnelle à leur faculté à attirer des lecteurs. Il ne s’agit pas non plus, comme le suggèrent certaines voix en France suite aux annonces de Nicolas Sarkozy, de bâtir des fondations pour siphonner sans contrepartie l’argent de lecteurs et de philanthropes pour remplir les caisses de journaux demeurant des entreprises capitalistiques classiques.

La seule voie convaincante est celle de fondations avec endowment (dotation, en VF), comme le pratiquent déjà certaines universités américaines: la fondation dispose d’un capital placé, et seuls les intérêts sont dépensés pour l’activité quotidienne. L’endowment est le garant de l’indépendance et assure un financement pérenne. Dans le cas de la presse, il s’agit de payer les journalistes (et plus largement les contributeurs), les frais d’enquêtes et de reportage, la mise en ligne et le développement d’un site web. Un site web en libre accès, et sans publicité.

Ce modèle devient envisageable grâce au Web: la distribution physique d’un journal impose des coûts unitaires fixes et élevés, de l’impression à la distribution. Il est impossible de le distribuer gratuitement. Un journal en ligne, en revanche, n’a pas la même économie: l’essentiel des coûts -importants- est supporté en amont et varie peu en fonction du nombre de lecteurs/internautes. Si Rue89 dépense plus d’argent (en infrastructure informatique) quand il est lu par un million de personnes que pour 500 lecteurs, la différence est marginale au regard du coût de la recherche et mise en forme de l’information.

Tous les modèles économiques expérimentés aujourd’hui sur le Web montrent leurs limites. Le site du New York Times, dont les revenus proviennent de la publicité, ne dégage que 20% de la somme nécessaire à financer la rédaction du titre malgré ses 20 millions de visiteurs par mois. Le financement par la publicité induit aussi une forme particulière d’information, car les annonceurs aiment placer leurs pubs dans un environnement qui leur sied: positif, peu politique et à vocation commerciale. Le financement par la publicité est bel et bien la raison de la floraison de suppléments mode dans tous les journaux, et de la progressive disparition de l’enquête sociale.

Les sites payants, pour leur part et indépendemment de leurs difficultés à convaincre des abonnés, butent sur un écueil important: réservés à certains, ils pâtissent de l’obscurité de l’accès restreint. Pas de liens, peu de citations, ils ne participent que peu à la conversation de l’Internet et n’alimentent pour l’essentiel que leurs lecteurs déjà convaincus, sans espoir de toucher de nouveaux publics.

La fondation aurait les avantages du payant -l’indépendance vis-à-vis de la publicité- en ajoutant ceux du Web: la circulation, l’ouverture et le libre accès. Et sans actionnaires. Rien n’empêche d’ailleurs de compléter cette offre web par un journal papier qui, lui, serait payant pour financer son impression et sa distribution, et pourrait apporter des revenus complémentaires. Destinés à alimenter l’endowment, par exemple.

Cette formule demande une mise de départ importante, sans contrepartie ni retour sur investissement, à la mesure de l’investissement rédactionnel envisagé. Ce capital serait le fruit de mécènes, bien sûr, mais aussi des dons des lecteurs motivés par un tel projet à visée citoyenne. De façon très prosaïque, rappelons que les dons aux fondations sont largement déduits des impôts, à hauteur de 60%.

Dans une tribune signée dans le New York Times, David Swensen et Michael Schmidt chiffrent la somme nécessaire pour transformer le quotidien américain en fondation à 5 milliards de dollars. Placés à 5% par an, en évitant les actions des fabricants d’armes et autres subprimes, cela assurerait 250 millions de dollars de revenus annuels.

Pour un média de taille plus modeste, qui dépenserait par exemple un million d’euros par an pour démarrer, avec une rédaction de quelques dizaines de journalistes correctement payés, il faudrait 20 à 25 millions d’euros. A peu près la somme déjà engloutie par Edouard de Rothschild dans Libération, sans pour l’instant que cet argent garantisse le futur du titre. N’est-il pas temps d’étudier avec sérieux cette idée?

D’où tu parles, camarade? Je suis journaliste à Libération, aujourd’hui responsable de libelabo.fr, la partie audio & vidéo du site web du quotidien.

 Crédit photo: DRB62, sur Flick.com

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Et hop, un slogan pour l’Europe présidée par la République Tchèque. Autant mettre Europe without barriers sur des… barrières. C’est plus honnête.

barriere.jpg

Crédit photo: un journal de la République Tchèque, relayé par BoingBoing. Cette reproduction est follement illégale.  On plaidera ici un indéfendable droit à l’information. Et tant pis, il est bon d’être un vilain pirate parfois.

D’où tu parles, camarade?  De France, le pays des droits des charters.

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wiki.pngUn dernier appel de Jimmy Wales, le fondateur, et la barre est franchie: plus de 6 millions de dollars ont été collectés en dons par Wikipédia, somme qui servira à faire tourner les serveurs et payer une équipe de coordination de 23 membres.

Le site Netéco en profite pour relayer une petite polémique portant notamment sur l’efficacité de cette campagne de don et, surtout, le salaire plutôt coquet de la directrice exécutive Sue Gardner. Et de souligner qu’il serait peut-être malin de truffer Wikipédia de publicité pour s’assurer des revenus supplémentaires, avant de poser une question vicieusement politique: “L’année 2009 dessinera-t-elle un véritable modèle économique pour l’encyclopédie libre ?”

Très curieux: ainsi, selon Netéco, le modèle de financement choisi par Wikipédia (une fondation faisant appel aux dons) ne serait pas un modèle économique. Pas assez sérieux, sans doute. Pas de pub, pas d’investisseurs, pas de bourse, pas de Murdoch pour racheter…

Il me semble, pourtant, que le modèle économique de Wikipédia est bien réel. Et étonnamment judicieux pour un projet destiné à bâtir un bien commun rédigé par tous et accessible à tous: c’est le public qui finance et conçoit le projet. Je me demande même si, pour reprendre la question de Netéco, l’année 2009 ne sera pas l’année où apparaitront des modèles économiques à la Wikipédia pour d’autres services en ligne. La presse, par exemple?

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Pas le temps de fouiller, par le temps de commenter, mais… il semble que le Parlement européen s’est amusé ce mercredi à désamorcer les vélléités de riposte graduée.

A lire: Le parlement européen saborde la riposte graduée

Prudence, anyway: la législation européenne est bien souvent d’interprétation plastique et les prérogatives des parlementaires bordées par d’autres instances. A suivre.

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On savait déjà que le format MP3 utilisé majoritairement pour la musique sur le Net menaçait de tuer l’idée même de création à cause de tous ces odieux pirates. Bien plus intéressant: il menace de rendre sourd toute une génération. Un article du Monde nous rappelle que le format MP3 compresse le son comme un vandale et nous empêche de goûter comme il se doit la musique.

L’article de Gilles Tordjmann pourrait passer pour un pamphlet réactionnaire. Et l’on pourrait sans peine imaginer la ministre de la Culture Christine Albanel défendre désormais  le filtrage généralisé du Net au nom de la Création (ce qu’on sait déjà) et de la Saine Audition des Jeunes (plus neuf).  Mais il met surtout  l’accent sur l’un point crucial: à force de se focaliser sur l’accessoire (l’économie de la musique), on en oublie l’essentiel (la musique elle-meme).

Perso, j’ai fait mon choix: mp3 pour entendre et vinyl pour écouter.

Cache directory "/space/www/node1-5/gl-ouv/3/1/3107061023343938/web/ouvaton.org/caveat.ouvaton.org/html/wp-content/plugins/ttftitles/cache" is not writable.BHL et les médias, deux grands cadavres à la renverse

bhl5_01.jpgBHL réfuté, BHL moqué, BHL humilié. L’exercice serré de fact checking réalisé par les camarades de Rue89 sur la copie de deux pages de “choses vues” en Géorgie par Bernard-Henri Lévy publiée dans le Monde a tout pour délencher une émeute de blogs. Tout y est: un intello médiatique, un média établi et une dégelée administrée par un site web. Le kif absolu pour qui veut se déchaîner sur les puissants menteurs du vieux monde enfin défiés par les médias numériques du nouveau.

Le pitch de l’affaire? Bernard-Henri Lévy s’est envolé dans le Caucase vérifier si la soldatesque russe était bien un ramassis de pillards en pleine vendetta contre la liberté. Après un minutieux examen de la situation, il en conclut que la soldatesque russe est bien un ramassis de pillards et il le raconte dans le journal du soir (en prenant de la place pour le faire, beaucoup de place). Illico, trois journalistes de Rue89 décrochent leur téléphone et vérifient point par point les “choses vues” de BHL grâce aux témoignages de personnes qui l’accompagnaient. Et le résultat n’est pas joli à lire.

Faut-il en conclure, comme le fait André Gunthert en faisant un parallèle avec la bronca sur l’affaire Siné, que “le juge, aujourd’hui, c’est le web”, car il semble “capable de modifier les grands équilibres médiatiques”?

L’analyse est séduisante -presque réjouissante- si elle n’était partielle. Quelques années dans ce métier suffisent à se rendre compte, effectivement, de l’incroyable complaisance avec lesquels les médias accordent une attention démesurée aux moindres pulsions d’expression d’une série d’intellos cumulards, de BHL à Jacques Marseille.

C’est le cas à Libé, où une simple recherche sur le site du journal crache des kilomètres de copie signée par BHL. Ce qui n’empêche pas une partie largement majoritaire de la rédaction de moquer avec dureté le bonhomme pour sa légèreté et sa fatuité.

Ce paradoxe est un terrible symptôme de la maladie chronique de la presse française, où la posture et les paillettes priment avec régularité sur le sérieux. Individuellement, l’immense majorité des journalistes vénèrent l’exactitude des faits,  méprisent les ramenards et souffrent de la place accordée à une brochette de penseurs approximatifs. Mais il en va autrement une fois noyés dans le collectif d’une rédaction, avec son lot de pulsions grégaires, de soumission aux habitudes, de micro-renoncements suscités par la fatigue, la lâcheté ou le calcul. Un journal, c’est aussi une entreprise. Et l’entreprise n’est pas l’endroit rêvé pour que s’épanouissent le courage et l’honnêteté.

Le remède à cette gangrène n’est pas l’Internet, mais plus prosaïquement le journalisme, une fois celui-ci débarassé des crasses d’un marketing salonard. Et ce journalisme là, il s’exerce aujourd’hui en France plus facilement dans un média tout neuf -web ou pas-, moins vulnérable à ces virus. Même s’il est fondé par d’anciens journalistes du “vieux monde”, comme l’est Rue89. Ce n’est pas une fatalité, et cela doit changer si les médias disposant aujourd’hui de la plus forte audience veulent survivre. Ou, plus sûrement, s’ils veulent éviter, comme BHL ou le PS (le grand cadavre à la renverse du dernier opus du reporter imaginaire de Gori), de cumuler l’omniprésence et le mépris.

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D’où tu parles, camarade? Quand on bosse à Libé, on n’échappe pas au BHL, actionnaire du titre à hauteur de quelques dizièmes de % du capital.

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C’est ce matin samedi sous la plume de Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libé et à ce titre mon patron, et j’en ai recraché ma tartine:

A cet égard, n’en déplaise à l’esprit libertaire en vigueur sur le Net : faute d’avoir choisi le système de la licence globale, le meilleur à nos yeux, la voie choisie par Christine Albanel, d’une échelle graduée de sanctions dans la lutte contre le piratage, est nécessaire. Elle vaut mieux, en tout cas, que le simple laissez-faire.

Curieux raisonnement politique: j’ai aussi soutenu le mécanisme de licence globale (moins mauvais des systèmes plutôt que le meilleur, d’ailleurs) mais l’invocation du spectre du “laissez-faire”, pour justifier un soutien à la politique d’une Christine Albanel alignée sur les plus radicaux et les plus conservateurs lobbies culturels, est stupéfiant.
Qui peut sérieusement parler de “laissez-faire”? La loi s’applique sur le Net comme ailleurs, et on ne peut pas dire que le législateur soit resté passif face au développement du réseau: à coup de LCEN, DADVSI, directives européennes diverse, lois sur les télécoms et myriades d’amendements dans d’autres textes, on frise plutôt le “trop-faire”.

Le mécanisme de riposte graduée envisagé aujourd’hui implique (entre autres joyeusetés) une surveillance massive des activités sur le réseau, la mise en place d’une autorité administrative extra-judiciaire au fonctionnement complexe et la définition d’une nouvelle infraction pour défaut de surveillance de son accès au Net.

Ce n’est pas un hasard si les “libertaires” (!) de la Commission nationale de l’informatique et des libertés ou le Parlement Européen se sont opposés à ce mécanisme ubuesque.

La riposte graduée sera coûteuse, ses conséquences sur la liberté d’expression et l’accès à la culture imprévisibles. Et elle sera très probablement inutile: la surveillance des échanges d’oeuvres sur le Net ne pourra se faire que dans certains espaces publics du réseau, or il est de plus en plus facile aujourd’hui d’échanger massivement des oeuvres à l’abri des nouveaux policiers du Net, par disques dur, clefs usb, emails ou réseaux privés et cryptés.

Il ne s’agit certainement pas d’adopter une chimérique posture libertaire -invective paresseuse de ceux qui ne veulent pas comprendre les ressorts de l’Internet et les interactions complexes entre technique et politique. Mais bien de s’opposer à la mise en place d’une énième usine à gaz inefficace, dangereuse pour les libertés individuelles et qui nie l’apport essentiel de l’infrastructure Internet à la diffusion de la culture: la transformation partielle d’une logique de consommation marchande en logique d’échange culturel.

La question du financement de la création est brûlante, mais il est illusoire d’imaginer la résoudre avec une riposte plus ou moins graduée et un montage parajudiciaire “créatif” -pour ne pas dire hasardeux. Le “faire-n’importe-quoi” serait en ce domaine bien plus dangereux qu’un “laissez-faire” fantasmé.